Le soir de ce même jour, un jeune paysan vint trouver la mère de Louise et lui demanda sa fille en mariage. La mère la lui accorda.

«Ange blanc, délivre-moi de ce rustaud; je veux être baronne.»

Mais la mère, qui était veuve, avait de la volonté pour deux; l’Ange blanc ne reparaissait plus; Louise dut céder, et continua de tourner le fuseau.

Un jour, son mari, épuisé par le travail, car c’était un rude travailleur, tomba gravement malade. Louise avait revu le cavalier.

«Ange blanc, il m’aime toujours; il a juré de m’épouser si je deviens veuve....» Elle n’osa achever. Son mari recouvra complétement la santé. L’Ange blanc faisait toujours la sourde oreille. Elle perdit l’espérance d’être jamais baronne.

Quelques années plus tard, Louise était mère de deux beaux enfants; elle aimait son mari, dont le travail lui avait donné l’aisance, et en songeant à lui et à leurs deux marmots, son fuseau lui semblait doux aux doigts.

Un soir qu’elle sommeillait à peine, ayant sa main dans la main de son mari, couché à ses côtés, et à son sein le dernier venu de ses chers petits, la forme blanche réapparut, et elle entendit une douce voix murmurer à son oreille. C’était celle de l’Ange blanc.

Que lui disait-il? Il lui contait la fable que voici:

«Un petit barbillon frétillait dans l’eau claire, et regardait avec envie une jolie fauvette à tête noire qui, après avoir tracé des cercles dans l’air, se balançait doucement sur la branche d’un saule, tout au bord de la rivière.

«Oh! disait le petit barbillon, quelle heureuse créature est cet oiseau! Il peut s’élever vers le ciel, et aller au-devant du soleil pour se chauffer à ses rayons. Que n’en puis-je faire autant!»