L’Allemagne, entrée la dernière parmi les nations de l’Europe dans l’unité catholique, et qui la première en devait sortir par la réforme, persista plus longtemps que les autres dans sa foi aux géants. Le droit de libre examen en pourrait bien être cause.

Le géant Einheer vivait du temps de Charlemagne et servait même sous ses ordres. Des siècles plus tard, il y avait des géants burgraves le long du Rhin, comme le prouve l’histoire si connue de cette jeune et naïve géante qui, n’étant jamais sortie du château de son père, de sa première excursion faite aux champs, lui rapporta dans son tablier un laboureur avec sa charrue attelée de deux chevaux qu’elle avait ramassés en route, traitant homme et bêtes de petits animaux très-curieux à voir.

La race des géants allant en s’amoindrissant, on n’en rencontra bientôt plus que dans les hautes montagnes, dans les forêts profondes et dans les romans de chevalerie; puis ils disparurent.


Toutefois il en existe, dit-on, comme spécimen, un couple, homme et femme, conservés vivants par art magique, dans un endroit isolé du Harz.

Les géants avaient d’abord inspiré une terreur universelle. On bénissait le dieu Thor, quand, armé de sa massue de fer, il les pourchassait à outrance à travers la forêt Hercynienne. En les connaissant mieux, on les redouta moins. Rarement cruels, ils ne se nourrissaient de chair humaine que dans les cas extrêmes, et le plus souvent se montraient accommodants, même un peu simples, comme il arrive à la plupart des hommes qui prennent trop de développement, soit en long soit en large. A l’appui de cette dernière opinion, l’anecdote suivante circule en Allemagne.

Un ancien duc de Bavière avait à sa cour un nain nommé Éphesim et un géant nommé Grommelund. Le géant s’étant moqué du nain, celui-ci le menaça d’un soufflet. Grommelund, après avoir ri du propos, le défia d’accomplir sa menace; Éphesim releva le défi, et le duc, présent à la querelle, ordonna que le champ clos s’ouvrît immédiatement.

On s’attendait à faire comme le géant, à rire du pygmée, qui ne pouvait guère réussir que par escalade, car il avait au plus deux pieds de haut; il n’en fut rien.