Le peuple commençait donc à avoir assez mauvaise opinion des géants, lorsque le bruit se répandit que la plupart d’entre eux s’étaient mis au service des nains, non des nains de cour, mais des petits nains, auprès desquels ceux-ci sont eux-mêmes des géants.


Les petits nains, nommés tour à tour, dans les divers récits, Wichtelmœnner, Metallarii, Homunculi, pullulaient autrefois dans toutes les contrées montagneuses du Nord. En Bretagne on les connaît encore sous les noms de Couribes, de Paulpiquets, de Cornicouets; mais comme ils sont laids et portés au mal avant tout, j’ai tout lieu de penser qu’ils ne sont pas de la même espèce que nos bons petits nains qu’on voit le soir apparaître au pied des chênes ou dans les vieilles ruines, sortant par milliers de toutes les fissures de la terre ou des crevasses des anciens monuments, sautillant, grouillant et disparaissant au premier bruit.

Il existe diverses opinions touchant leur origine. Une seule est digne de toute croyance, par cela même qu’elle se trouve dans l’Edda.

Selon la bible scandinave, lorsque Odin eut tué le géant Ymer, son corps en putréfaction produisit une quantité innombrable de petits vers. En vertu de l’ordre naturel déjà établi pour les insectes, ces petits vers se transformèrent en chrysalides, et de ces chrysalides sortirent de petits hommes, semblables, à quelques différences près, aux hommes de la grande espèce créés par Odin.

Comme nous, ils sont soumis aux infirmités de l’âge, aux maladies, à la mort; comme nous, ils sont parfois susceptibles de raisonner avec justesse. Habiles métallurgistes, ils s’occupent dans les mines où déjà nous les avons entrevus; l’imagination ne leur fait pas défaut, ni même la piété.

Quel culte professent-ils?

Depuis longtemps, on l’assure, la plupart, convertis au christianisme, en auraient ressenti les influences bienfaisantes beaucoup mieux que nous, car ils ne se font point la guerre entre eux, et tous les auteurs, toutes les traditions s’accordent à les montrer doux et serviables, s’aimant les uns les autres, bienveillants, laborieux et tout à fait pacifiques de leur nature; aussi les appelle-t-on le Peuple paisible.