Comme il était naturellement curieux, il songea ensuite à étudier leurs mœurs. Le moment était mal choisi, il le faut avouer. Ce n’est pas dans une ville prise d’assaut et mise à sac, qu’on peut à loisir observer les habitudes et les usages coutumiers de ses citoyens. Mais, on le sait déjà, les géants sont un peu bêtes.
Celui-ci, dont je n’ai pu savoir le véritable nom, et que, pour la commodité du récit, je nommerai Quadragant (Quadragant était un peu géant, est-il dit dans Amadis des Gaules; le nôtre l’était beaucoup; il avait trente pieds de haut), notre Quadragant donc s’étendit de tout son long, la face tournée vers la profonde excavation laissée par le chêne. Il entendit un sourd bourdonnement sous la terre; toutefois, il n’aperçut plus rien.
Il patienta, et, à force de patienter, il s’endormit, en se retournant sur le dos, ce qui était sa manière habituelle de dormir.
Après quelques heures d’un bon sommeil, solide et lourd, comme celui de tous les géants, il se réveilla. S’apercevant alors que le soleil avait fait comme lui, qu’il s’était couché, à cette idée que l’heure du souper était venue, il poussa un long et profond soupir de satisfaction, et, rejeté violemment dehors par le souffle puissant de sa poitrine, quelque chose lui sortit de la bouche.
Ce quelque chose, c’était un nain; et ce nain, le plus hardi, le plus intelligent de tous les nains, on le nommait Kreiss.