Outre leur habileté comme métallurgistes, les nains sont très-experts en charpenterie.

C’est à eux que les bonnes gens du Rheingau attribuent aujourd’hui encore la solidité des vieilles mines, dont les nains habitaient les parties basses et qu’ils ont, disent-ils, si bien étayées que le temps n’y peut plus rien. Ainsi que tous les gros hommes, Quadragant dormait la bouche ouverte; dans cette bouche, large et spacieuse comme l’entrée d’un caveau, Kreiss, armé d’un long épieu, pointu aux deux extrémités, se glissa audacieusement, ayant soin de n’appuyer d’abord ses pieds mignons qu’aux échancrures des dents, qui formaient là comme une double rangée de créneaux parallèles. Il s’en aida pour parcourir le gouffre d’une extrémité à l’autre, sans troubler le repos du dormeur par un chatouillement inopportun. A tout hasard cependant Kreiss tenait son épieu d’une main ferme, prêt à le redresser entre les deux mâchoires pour les empêcher de se refermer.


Ses frères, alors occupés à confectionner des poutres, des chevilles et des chevrons, les lui passaient au fur et à mesure que besoin était. Un d’eux vint même l’aider dans sa besogne.

Entre la double rangée des dents, ils fixèrent de forts madriers reliés entre eux par des solives. L’ouvrage n’avança pas sans peine; dans la bouche du géant il faisait noir comme dans un four; comme dans un four aussi on y éprouvait une chaleur intolérable. De plus, Quadragant avait dîné ce jour-là d’un chevreuil et de quelques lièvres, et comme en fin gourmet il n’aimait la venaison que faisandée, les parfums de son haleine ajoutaient une incommodité de plus à la chaleur et à l’obscurité du lieu.