Le frère de Kreiss, tout à coup pris de nausées, sortit précipitamment et alla rejoindre les autres, qui continuaient leur œuvre de charpenterie, tout en surveillant le captif.
Quadragant était alors occupé militairement, au dedans comme au dehors, par les huit frères nains.
On avait fait passer une lanterne à Kreiss; il la suspendit à l’une des poutres transversales, et, seul, poursuivit résolûment sa tâche, non sans se boucher le nez de temps à autre.
C’est au moment où, sa besogne achevée, il se disposait à sortir de ce gouffre humide, suintant, empesté, que le soupir du géant qui s’éveillait l’enleva de place, comme fait un vent d’orage d’une feuille de frêne, et, ainsi que nous l’avons dit, le lança tout étourdi dans l’espace, d’où il retomba sur la poitrine du colosse.
Après s’être remis de la secousse, convaincu par une rapide inspection que les liens qui retenaient son captif étaient assez solides pour l’empêcher de bouger, de la poitrine de Quadragant, Kreiss chemina, le long du cou, jusqu’à son oreille, à l’aide de laquelle, se hissant, il escalada le menton, après avoir traversé sa joue dans toute sa largeur. Sa position prise sur cette éminence maxillaire, redressant sa petite taille, enflant sa petite voix:
«Meurtrier de nos frères, lui cria-t-il, tu es mon prisonnier, et tu vas mourir; recommande ton âme à Dieu!»
Le géant abaissa, en l’orientant, son regard du côté où venait la voix frêle qui s’adressait à lui. Il ne vit rien d’abord qu’un faible jet de lumière rayonnant à l’extrémité de son nez, mais son nez lui cachait entièrement l’orateur.