Kreiss fit alors quelques pas du menton vers la bouche de Quadragant, et celui-ci aperçut une sorte de petit homme, couvert d’un manteau fait d’une peau de souris, dans laquelle il se drapait fièrement, comme Hercule dans la peau du lion néméen.
Il tenait à la main, non une massue, mais une lanterne de pierre à jésus, renfermant pour tout luminaire un ver luisant.
Grâce à cette lueur phosphorescente, qui semblait envelopper Kreiss d’une auréole, Quadragant put l’examiner à loisir, et il se demanda comment cet embryon lui était sorti de la bouche et comment lui, Quadragant, avait pu devenir son prisonnier.
Au regard dédaigneux que lui jeta son ennemi, Kreiss devina quelles idées le préoccupaient: «Tu ne te crois pas notre captif, reprit-il, eh bien, lève-toi et marche.»
Quadragant essaya de faire un mouvement et s’aperçut alors qu’il était fixé à la terre par des cordages, par des chaînons, par chacun des cheveux de sa tête, par chacun des poils de son corps. Il voulut apostropher l’homoncule, l’immobilité tétanique de ses mâchoires suffit à lui révéler la vérité.
«Quant à ton genre de mort, poursuivit Kreiss, si les loups et les vautours ne s’en mêlent bientôt, la faim y suffira.»
A cette pensée qu’il courait risque de mourir de faim, le genre de mort qu’il avait toujours le plus appréhendé, le pauvre Quadragant se mit à pleurer, et deux ruisseaux de larmes, après avoir coulé le long de ses joues, contournant la commissure des lèvres, débordèrent sur son menton.
Kreiss fut forcé de faire quelques pas en arrière pour éviter le double courant.
Quoique ferme dans ses résolutions, il était naturellement bénin. Tant et de si grosses larmes finirent par l’émouvoir; mais sa pitié même le fit persévérer dans la résolution de rendre sa vengeance non moins grande qu’utile.