Dans une chambre magnifique, éclairée d’un demi-jour, sans qu’on pût deviner d’où venait la lumière, ils virent l’empereur Frédéric, «assis sur un trône d’or, une couronne d’or sur la tête; à leur entrée, il s’inclina doucement en fronçant ses épais sourcils. Sa longue barbe rouge avait poussé au travers de la table placée devant lui, et tombait jusqu’à ses pieds.»

Se tournant, non sans quelque effort pénible, vers le pâtre, il lui parla assez longtemps sur divers sujets, en lui recommandant de redire ses paroles à ceux d’en bas. Sa voix chevrotait; mais elle redevenait sonore et vibrante dès qu’il était question de la gloire de l’Allemagne; ensuite, il lui dit:

«Les corbeaux volent-ils encore au-dessus de la montagne?

—Oui, répondit le pâtre.

—De grands arbres morts pendent-ils comme autrefois au-dessus des abîmes du Kisfhauser?

—Qui pourrait les en arracher, si ce n’est la tempête?

—Nul ne t’a parlé de la réapparition de la vieille femme?

—Non.

—C’est bien; j’ai encore un siècle à dormir ici.»

Il fit signe au pâtre de se retirer, et se rendormit en murmurant un nom de femme qui lui mourut entre les lèvres.