Comme le gui, l’anguinum entra dans la pharmacopée des druides; il figura même dans leurs cérémonies religieuses, et fut bientôt assez rare pour devenir un objet précieux que les riches seuls se procuraient à prix d’or. S’ils s’étaient d’abord laissé entraîner à des usages superstitieux, réprouvés par leur conscience, ensuite les druides avaient su tirer parti de ces mêmes superstitions pour le bien général.

Par malheur, les nœuds de serpents, le chêne et son parasite ne pouvaient suffire longtemps aux partisans des innovations.

La voie des concessions, quelque étroite qu’en soit l’entrée, doit toujours aller en s’allongeant et en s’élargissant.

L’ancien parti du culte des arbres (il était nombreux encore, actif surtout, comme tous les anciens partis) se plaignit qu’on eût supprimé les compagnons, les oracles de la famille, en faveur d’un chêne, si ce chêne unique, privilégié, ne jouissait même pas de la faculté de les mettre en communication avec Ésus, le dieu du ciel.

Ces exigences ne manquaient pas de logique; il y fallut satisfaire.

Les druides se partagèrent en trois classes:

Les druides proprement dits (Eubages, dans la Gaule), à la fois philosophes et savants, magiciens même au besoin, car alors la magie n’était que la forme extérieure de la science; ils étaient chargés d’entretenir les principes de la morale et d’étudier les secrets de la nature: LES DEVINS, qui, au moindre souffle du vent, savaient interpréter le langage du chêne sacré par le murmure du feuillage, le froissement des branches, un craquement dans l’arbre, le retard ou la précocité de sa végétation. Enfin, les bardes, poëtes rivés à l’autel.

Tandis que les bardes chantaient autour du chêne, les devins lui faisaient rendre des oracles. Ces oracles se multiplièrent non-seulement en Europe, mais jusque dans l’Asie Mineure, où une colonie celte, au dire d’Hérodote, institua celui de Dodone, par droit de conquête; la Grèce naissante rendit hommage à un chêne, que Strabon assure avoir été un hêtre; on ne peut disputer des arbres ni des couleurs; mais Homère l’a déclaré chêne, et, pour nous, chêne il restera.

Ce nouveau mouvement, imprimé au culte puritain des druides, ne devait pas s’arrêter là.

Une fois habitués à correspondre avec Teut par un arbre, les Celtes s’étonnèrent, quand les arbres pouvaient parler, de voir les êtres animés rester muets, complétement privés de tout don de présage. Quelques chefs, se mettant en campagne et péniblement affectés dans leur dévotion de ne pouvoir emporter le chêne sacré avec eux, s’imaginèrent de consulter les tressaillements subits de leur cheval, ses hennissements dans un moment de surprise ou d’effroi, car pour avoir sa valeur augurale il fallait que le mouvement de l’animal fût involontaire et spontané. Cette croyance s’établissant peu à peu, tout homme, se préparant à voyager ou à guerroyer, enfourchait son augure, bien convaincu que, en cas de besoin, il pouvait le consulter le long de sa route, en soumettant, bien entendu, les pronostics aux savantes interprétations du devin.