Le collége des druides ne tarda pas à s’alarmer de ces oracles voyageurs, nécessairement sujets à se contredire entre eux.

Comme il avait autrefois institué un seul arbre officiel, il ne reconnut qu’à certains chevaux, élevés sous ses yeux dans les enceintes sacrées, le don spécial de fournir des présages authentiques.

Ces chevaux, à la robe blanche et immaculée, nourris aux frais du trésor public, n’étaient soumis à aucun travail, à aucune des entraves de la selle et du licou. Fiers et indomptés, la crinière au vent, ils erraient en toute liberté à travers les hautes futaies. Grâce à leurs mouvements plus libres, par conséquent plus sûrs au point de vue de la pronostication, ces chevaux-prophètes, qui faisaient presque partie du clergé druidique, jouirent longtemps dans tous les pays celtes d’une autorité incontestable, qui, un beau jour cependant, se trouva contestée.

D’autres êtres animés leur firent concurrence, et ces adversaires des chevaux, le dirai-je? ce furent les femmes. Les femmes se trouvèrent douées tout à coup, au plus haut degré, du don de seconde vue, d’inspiration, d’intuition, de divination.

Forcés par le sentiment public de se prononcer, les druides admirent chez elles (c’est Tacite qui nous l’apprend) quelque chose de plus instinctif, de plus divin que chez les hommes, et même que chez les chevaux. Leur organisation facilement impressionnable les prédisposant au don de prophétie: «c’est qu’en effet les femmes agissent plus volontiers par un instinct naturel et irréfléchi que par prudence et par raison.»

Cette dernière et malséante explication n’est pas de Tacite, ni de moi, grand Dieu! Elle appartient en propre à M. Simon Pelloutier, déjà nommé. Que chacun réponde de ses œuvres.

Les druides firent pour les femmes ce qu’ils avaient fait pour les chevaux, ce qu’ils avaient fait pour le gui et pour les arbres. Ils ne reconnurent pour vraies prophétesses que celles qui déjà subissaient le plus près d’eux possible les influences du chêne sacré: c’est-à-dire leurs épouses et leurs filles.