Le système de la centralisation des pouvoirs ne date pas d’hier.
Il y eut alors des druidesses comme il y avait des druides. Les druides tenaient école de jeunes gens; là le maître disait à ses disciples le mouvement des astres, la forme et l’étendue de la terre, les diverses productions de la nature, l’histoire des ancêtres, reproduite, sous forme de poëmes, par les bardes; ils leur apprenaient tout, excepté à lire et à écrire. La mémoire y suffisait. De leur côté, les druidesses ouvrirent des écoles de jeunes filles; elles enseignèrent à celles-ci le chant, la couture, les pratiques du culte, la connaissance des simples, et même la poésie; leur faisant apprendre par cœur des vers spécialement composés pour elles. Ces vers, d’un lyrisme douteux, nous devons le penser, les initiaient à l’art de faire le pain, de préparer la bière, et autres petits détails de cuisine et de ménage.
Les druidesses exerçaient aussi la médecine. Cette triple prérogative de femmes-docteurs, d’institutrices, de prophétesses, finit par les rehausser à tel point dans l’esprit de la nation que les prêtres de Teut, forcés d’abandonner leurs sanctuaires, ne craignaient point de leur en confier la garde. Dans de certaines cérémonies, elles présidaient même de droit.
Qu’une d’elles se signalât par la fréquence, la lucidité, la sûreté de ses inspirations, comme dans leur temps les célèbres Aurinia, Velléda, Ganna, que les empereurs romains ne dédaignaient pas de faire consulter par ambassadeurs, alors le collége orgueilleux des druides, courbant le front, l’installait à sa tête. Durant cette dictature féminine, arbitre des destinées de la nation, elle décidait de la paix ou de la guerre, pressait ou retenait le mouvement des armées.
César raconte qu’ayant demandé à des prisonniers germains pourquoi Arioviste, leur chef, n’avait pas encore osé lui présenter la bataille, il lui fut répondu que les druidesses, après avoir examiné les remous et les tourbillons du Rhin, avaient déclaré qu’il ne devait point engager l’action avant l’époque de la nouvelle lune.
Comme on le pense bien, l’interrogateur profita de l’avis, et la nouvelle lune ne s’était levée que pour voir les Germains en déroute complète.