Mais le Rhin n’a pas encore rendu d’oracles, et le temps n’est pas venu où Ganna, Velléda, Aurinia daigneront accorder audience aux ambassadeurs de Rome.

Nous avons voulu seulement tracer en quelques lignes le développement futur de cette nouvelle institution des druidesses, dont nous ne parlerons guère plus qu’à son déclin.

Déjà, cependant, leur pouvoir et leur crédit naissants croissaient de jour en jour. Les Teutons étaient-ils enfin satisfaits?... Non. Malgré l’habileté de leurs devins et de leurs druidesses, ils trouvèrent que le chêne sacré par les frémissements de son feuillage, les chevaux par leurs tressaillements, leurs bonds désordonnés, leurs hennissements plus ou moins prolongés et stridents, n’offraient ni des signes révélateurs assez sûrs ni un spectacle assez émouvant. Il leur parut bon, il leur parut convenable de consulter les animaux, non plus dans leurs manifestations extérieures, mais jusque dans leurs entrailles palpitantes, ce qui ne pouvait manquer de donner aux cérémonies religieuses un aspect plus sérieux, certain ragoût de meurtre, capable du moins d’éveiller l’attention d’un peuple guerrier.

Les druides cédèrent encore, mais presque découragés. Qu’était-elle devenue cette grande religion philosophique, se contentant de la prière et de la méditation, et qu’ils avaient cru, un peu à la légère il est vrai, pouvoir acclimater au milieu de ces barbares?

Au pied du chêne, jusque-là pur de sang, ils consentirent à immoler les animaux nuisibles d’abord, des loups, des lynx, des ours; vinrent ensuite les animaux utiles, nourriciers de l’homme, les brebis, les génisses, puis, enfin, jusqu’à son compagnon de guerre, le cheval.

Les chevaux immaculés, entourés jusqu’alors d’une si haute considération superstitieuse, ne furent même pas épargnés.

Et à chacun des degrés de cette échelle sanglante, toujours résistant, toujours débordés, les druides laissaient échapper une dernière concession, espérant par là retenir encore quelque temps un pouvoir qu’ils sentaient près de défaillir entre leurs mains.

Exaltés par le succès, les progressistes en vinrent à demander pourquoi la plus digne offrande à faire à Dieu ne serait pas le sang d’un homme? L’homme, parmi les êtres créés, n’était-il pas le plus noble, le plus parfait? Peut-être, poussant l’argument plus loin encore, espéraient-ils prouver que parmi les hommes, les plus agréables à Dieu, les plus dignes d’être choisis, c’étaient les druides eux-mêmes. Mais il ne faut pas demander trop à la fois. Cette suprême conséquence d’un même principe, ils la tenaient en réserve, n’exigeant pour l’heure qu’une victime vulgaire, la première venue, pourvu que ce fût un homme.