L’essaim des soupirants s’envola comme par enchantement, à l’exception de deux. C’étaient deux frères, rendus insensés à force d’amour.

Après avoir tiré au sort, le premier tenta l’ascension; il y réussit d’abord. Ce fut tout. A peine a-t-il atteint la cime crénelée du vieil édifice, avant même que son fidèle coursier ait pu le rejoindre, pris de vertige, il tombe précipité dans l’abîme.

Le second, à son tour, escalada la pente avec succès, parvint même, chose merveilleuse! à franchir quelques créneaux; mais bientôt, son cheval, sentant les pierres rouler derrière lui et la tour vaciller sous son poids, refusa d’aller plus avant. Reculer, se retourner était impossible. Le cavalier, résolu à poursuivre l’aventure, gourmandait le cheval, l’excitait de la voix et de l’éperon; le pauvre animal demeurait immobile, comme emboîté, incrusté dans ces assises de pierres. Bientôt le cheval et le cavalier disparurent; à leur tour, l’abîme les reçut sanglants et défigurés.


La fiancée du Kinast ne pouvait déguiser son orgueil et sa joie en recevant les félicitations des autres châtelaines ses voisines, qui toutes se promettaient bien d’avoir un Kinast, ou tout autre trébuchet équivalent, à l’usage de leurs amoureux.

Personne ne se présentait plus toutefois pour conquérir cette main si bien défendue par la mort. La dame en éprouvait quelque humiliation. Deux hommes immolés à sa beauté, cela ne pouvait guère lui suffire; aussi en était-elle attristée et de méchante humeur, lorsque enfin un troisième aspirant se présenta, demandant à subir l’épreuve.

Elle ne le connaissait point, ce qui l’étonna; comment avait-il pu s’éprendre d’elle? Sans doute pour l’avoir vue à son balcon, ou dans quelque cérémonie princière; peut-être rien que sur sa bonne réputation? Au surplus, qu’avait-elle à craindre en accueillant sa demande? C’en était un de plus ajouté à la liste de ses morts; voilà tout. A cette époque les femmes étaient devenues féroces.