Le même soir, la malheureuse se fit hisser sur la vieille tour, d’où elle voulait, disait-elle, contempler le coucher du soleil. Avant que le soleil eût disparu sous l’horizon, elle avait été rejoindre ses deux victimes.

C’est ainsi que le Kinast posséda sa fiancée.

Il y a dans ce sujet un magnifique drame pour l’opéra, musique de Berlioz. Cependant, peut-être conviendrait-il mieux au cirque Olympique; j’y vois trois beaux premiers rôles de chevaux.

La fiancée du Kinast n’était une femme forte que par l’insensibilité de son cœur; il y avait aussi alors des femmes vraiment fortes dans le sens matériel du mot, des femmes chez lesquelles l’habitude des exercices violents avait développé une telle vigueur physique que peu d’hommes se trouvaient en état de triompher d’elles, soit dans une lutte corps à corps, soit les armes à la main.

Telle se montrait la noble Brunhilt, reine d’Isenstein, dans les pays de la Norvége.

«Elle était démesurément belle et sa force était très-grande, est-il dit dans le poëme des Nibelungen; elle joutait de la lance contre les héros qui venaient pour obtenir son amour. Elle lançait une pierre au loin et bondissait après à une grande distance. Celui qui désirait son amour devait, sans faillir, vaincre à trois jeux cette femme de haute naissance; s’il perdait à un seul, sa tête était tranchée.» Charmante créature!

Gunter, roi des Burgondes, s’amouracha d’elle, rien qu’au récit de ses prouesses; il entreprit de la vaincre et de l’épouser, et il y parvint, mais par des moyens déloyaux, par sortilége, et en se donnant un aide invisible. Quand la reine Brunhilt l’apprit, il n’était plus temps de se dédire; elle était mariée et venait d’arriver à Worms, sur le Rhin, dans la capitale du roi son époux. Cependant, la première nuit des noces s’en ressentit; ce qui s’y passa, je laisse à M. de Laveleye, le fidèle traducteur des Nibelungen, le soin de le raconter:

«La foule s’était retirée, dames et chevaliers. Il se hâta de fermer la porte.... Mais le moment n’était pas venu où elle deviendrait sa femme....

«De sa main le noble roi éteint la lumière, puis il s’approche de la jeune femme, le guerrier courageux! Il se couche à côté d’elle. Grande est sa joie. Il allait lui prodiguer les plus tendres caresses, si Brunhilt le lui eût permis....