«Elle lui dit: «Noble chevalier, vous allez renoncer à tout ce que vous aviez projeté jusqu’à ce que j’apprenne le secret que je vous ai demandé.»
«Par force Gunther voulut obtenir son amour. La femme puissante saisit soudain une ceinture faite d’un galon très-fort, dont elle se ceignait les reins. Elle fit grand mal au roi.
«Elle lui lia les pieds et les mains, puis le porta et l’attacha à un clou qui était fixé dans le mur, afin qu’il ne troublât pas son sommeil. Sa force était si grande qu’il faillit en recevoir la mort.
«Il commença à la prier, celui qui aurait dû être le maître. «Détachez mes liens, très-noble vierge. Je ne tenterai plus de vous vaincre, ô belle dame!»
«Elle s’inquiéta peu de la façon dont il se trouvait; elle était, elle, mollement couchée. Il resta ainsi suspendu toute la nuit.... Pendant ce temps, les plaisirs du roi n’étaient pas grands.»
Nous le croyons facilement. Mais laissons ce bon roi Gunther suspendu au clou, et continuons notre étude sur les femmes mythologiques, sans vouloir (Dieu nous en garde!) en tirer les moindres conséquences blessantes pour un sexe à qui nous avons dû notre mère, nos sœurs, quelques jolies cousines aussi, sans compter.... Continuons.
Le règne de la force n’est jamais de longue durée. Aux femmes fortes succédèrent.... ou plutôt en même temps qu’elles, peut-être avant elles, à coup sûr depuis elles, vinrent les femmes rusées, c’est-à-dire les femmes-serpents. Il est bien entendu que, moins que jamais, nous ne voulons sortir ici de notre terrain mythologique.
Les femmes-serpents, dont le buste gracieux se terminait par une longue et épaisse queue de reptile, n’entretenaient pas moins, malgré cette difformité, des intrigues amoureuses avec les galants; «heureux mortels dont la maîtresse n’était serpent qu’à moitié!» s’écriait à ce sujet ce même Henri Heine, alors dieu misanthrope, assez aveugle pour ne pas croire à la stricte fidélité des femmes.
Bien avant qu’il fût question chez nous de Mélusine, le prototype du genre, vers la fin du neuvième siècle, Éberhard III, comte de Nordgau et landgrave de la basse Alsace, avait répudié sa femme Adelinde, pour s’abandonner tout entier aux séductions d’une femme-serpent, qui, tout serpent qu’elle était, n’en portait pas moins le titre de chanoinesse d’Erstein, complication bizarre qu’on a peine à s’expliquer. Celle-ci, dit-on, pour entretenir Éberhard dans son fol amour, lui ayant administré un philtre mal préparé, il en mourut.
Mais à cette époque la foi n’était pas encore bien enracinée à l’égard de ces monstres. Quelques sceptiques qui, déjà, cherchaient la vérité sous le symbole, prétendirent que le comte de Nordgau avait succombé aux suites d’une piqûre de serpent.