Plus tard, un moine, s’occupant de la chronique contemporaine, écrivait qu’en punition de sa conduite vis-à-vis de sa femme Adelinde, il avait été dévoré vivant par les vers, comme certain personnage de l’histoire sainte.

Un médecin s’en mêla ensuite, et, grâce à ses explications pathologiques, l’effet des charmes de la chanoinesse-serpent allant en s’amoindrissant de plus en plus, dès le troisième échelon, aboutissait simplement à une maladie vermiculaire, qu’il eût fallu traiter par la thériaque et les purgatifs.

Cependant il exista des femmes-serpents, bien avérées, mises hors de doute, des femmes-serpents, moitié serpents, moitié femmes, ainsi qu’il résulte d’une foule d’histoires authentiques, entre autres de l’aventure arrivée à un certain Léonhard, et recueillie par les frères Grimm.

Ce Léonhard, qui était bègue, mais honnête, et d’une pureté de mœurs telle que la médisance elle-même n’avait jamais pu rien trouver à reprendre dans sa conduite, s’était égaré un jour en visitant de longs souterrains, pareils à des catacombes. Il se trouva tout à coup transporté dans une riante campagne au milieu de laquelle une belle fille se jouait, à moitié enfoncée sous l’herbe. Elle l’invita à venir se reposer près d’elle.

Trop innocent pour y entendre malice, Léonhard, par simple politesse, s’empressa de lui obéir, et s’aperçut alors (la hauteur de l’herbe l’avait d’abord dissimulée à ses yeux) que la jolie fille, ornée dans tout le haut de son corps de deux beaux bras à la peau soyeuse, et d’une poitrine éblouissante de blancheur, se terminait au-dessous des hanches, et tout à fait à son désavantage, par une queue écailleuse et serpentiforme. Il voulut se lever et fuir, mais cette même queue lui avait déjà enlacé les jambes.


La pauvre créature lui raconta alors son histoire, à laquelle il dut forcément prêter attention. Par la suite, il la répéta à tous ceux qui voulurent l’entendre, et d’autant plus longuement que, je l’ai dit, il était bègue.

Née princesse, issue d’un sang royal, entourée d’affections et d’hommages, elle se croyait à l’abri de la mauvaise fortune, lorsqu’un magicien pervers l’avait mise dans l’état où il la voyait; cet état ne devait cesser, elle ne devait reprendre sa forme première que lorsqu’un beau jeune garçon de vingt à vingt-deux ans tout au plus, et d’une innocence parfaite, lui aurait donné trois baisers.