Il retourna donc sur ses pas; mais à peine dans le souterrain, il entendit l’horloge de l’église voisine sonner douze coups. Il était midi: il entrait dans sa vingt-troisième année. Il n’était plus temps.

Les devineresses, les marraines, les fées, les femmes fortes, les femmes-serpents, ne sont pas les seules que nous aurions peut être pour mission de passer ici en revue. Nous pourrions citer les femmes-cygnes, qui planaient dans les brumes du matin, enveloppées d’un manteau d’édredon; et la femme de la forêt, en l’honneur de laquelle on brûlait tous les ans une quenouillée de chanvre pour se mettre à l’abri de ses maléfices; et les éternueuses dans l’eau, auxquelles il fallait répondre trois fois: Dieu vous bénisse, pour sauver leur âme en peine; et les petites remueuses de mousse, qui n’échappaient à leurs ennemis, la femme de la forêt et le chasseur sauvage, qu’en s’abritant derrière des arbres marqués de trois croix par un bûcheron bienveillant. Mais nous avons hâte d’en finir.

Cependant, puisque ce chasseur sauvage vient de se retrouver sur notre chemin, pouvons-nous tout à fait le passer sous silence?


C’est le sieur Hackelberg. Imprudemment, il avait demandé à Dieu d’échanger sa place en paradis contre le droit de chasser éternellement sur la terre. Pour le punir, Dieu l’a exaucé; et depuis ce temps, à grand bruit de meutes, de cors et de fanfares, sans repos, sans relâche, il chasse; il chasse, il chasse toujours, aujourd’hui comme hier; il chassera demain encore comme aujourd’hui; mais un même chevreuil qui lui échappe et lui échappera sans cesse et à tout jamais.

Quel est le plus à plaindre, ou de cet éternel chasseur, ou de cet éternel gibier?

Combien d’autres auraient droit, ainsi que lui, au moins à une mention!

Et les condamnés à toujours rester debout; et les condamnés à danser toujours, autre sorte d’enchantés.