ENVOI
A M. ANTOINE MINOREL,
CHIMISTE, MATHÉMATICIEN ET PHILOSOPHE ERRATIQUE.
Les savants et les philosophes nous ont toujours été contraires. Ils ont fini par prouver que les géants étaient beaucoup plus rares qu’on ne le pensait généralement; que le chêne sacré était un chêne comme un autre, et le frêne Ygdrasil un frêne invraisemblable; que les bruits des vents et de la tempête ne sont pas dus seulement aux cris des huarts noirs et aux aboiements des meutes du chasseur sauvage. Philosophes et savants, par vous nos pères se sont laissé persuader que les éruptions des volcans ont d’autres causes déterminantes que les luttes acharnées des sorciers et des démons, se disputant l’empire des enfers; que l’arc-en-ciel n’a pas toute la solidité qui convient à un pont; et autres démonstrations analogues.
Jusque-là il n’y avait trop rien à dire.
Cependant, peu à peu, de tous ses domaines célestes, la mythologie du nord n’en avait plus conservé qu’un seul, l’Aurore boréale.
L’aurore boréale, emblème poétique et saisissant, était un reflet de la Valhalla, l’ombre éclatante de tous ces divins fronts rayonnants, le produit splendide des lueurs, des étincelles, des éclairs jaillissant des épées dans les mêlées incessantes des héros et des dieux.
A cette explication, claire et plausible, la science ne trouvait pas un mot à répondre; de l’aurore boréale, elle ne savait rien, absolument rien!
L’aurore boréale restait donc le dernier abri, la forteresse inexpugnable de notre mythologie!