Le besoin de croire est plus fort que la mauvaise volonté des hommes. On n’est jamais incrédule que d’un côté.
Ami, cette grande vérité ne s’applique pas seulement à ces pauvres ignorants, utiles et laborieux, qu’on appelle le peuple. Parmi les classes élevées, instruites, favorisées par la richesse, par le loisir, l’incrédulité, soi-disant philosophique, est venue s’établir, et, tour à tour, Gessner, Cagliostro, Mesmer, les thaumaturges, les magnétiseurs, les tables tournantes, les esprits fluidiques, les esprits frappeurs, sont arrivés juste au moment où vous autres, les esprits forts, vous pensiez avoir fait table rase de toutes nos superstitions.
Que conclure de cela? En vérité, j’ai grande envie de me rallier à ton système, comme à celui de Platon, touchant les aberrations natives de l’humanité.
Bien insensé fut-il celui qui, le premier, s’imagina de déclarer l’homme un animal raisonnable; un animal susceptible de raisonnement, oui, à la bonne heure! voilà ce qu’il fallait dire! L’homme raisonne, et raisonne parfois juste, mais à la condition qu’il aura appris à raisonner, en soumettant son esprit et ses passions à une sage discipline; qu’il aura imposé silence aux fantaisies de son imagination; qu’il aura cherché Dieu dans la nature, dans la vérité, dans sa conscience, non chez les poëtes ou les mythologues.
Telle est, mon ami, la moralité que j’ai cru devoir faire ressortir de la Mythologie du Rhin.
Stolzenfels (bords du Rhin), 1860.
Marly-le-Roi, 1861.