Ce n’était pas la seule de son sexe qui dût m’apparaître durant cette nuit fantastique.

Bientôt, les sons d’un fifre aigu, mêlés à des vibrations de harpe, attirent mon attention. Je me dirige de ce côté.

Dans une petite chambre enguirlandée de fleurs, une jeune femme procédait à sa toilette. J’aurais dû fuir encore.... par pudeur, par convenance cette fois.... Mais un historien consciencieux doit tout braver pour arriver à la connaissance de la vérité exacte. N’était-ce donc rien que de pouvoir, de visu, révéler au monde moderne ce qu’était le boudoir d’une dame celte?


Celle-ci, à demi dévêtue, assise sur un escabeau, les cheveux flottants, tenait devant elle une plaque de métal poli, qui lui servait de miroir. Une vieille, sa mère ou sa servante, je ne sais au juste (cependant il me semblait que l’une et l’autre, comme ma jolie gardeuse de porcs, avaient déjà frappé mon regard une première fois; où? j’aurais été bien embarrassé de le dire); la vieille donc avait empoigné dans toute leur épaisseur les cheveux de la jeune, qui lui emplissaient les mains; elle les enduisait d’un mélange de suif, de cendres et de chaux, et, grâce à cet affreux philocome, les beaux cheveux passaient graduellement du blond cendré au roux le plus ardent, exigence d’une mode que je n’ai point à juger ici, mais simplement à enregistrer. Après les lui avoir lavés, peignés, lissés à plusieurs reprises, elle lui frotta les épaules et le cou de beurre fondu et lui lava le visage et les bras avec de l’écume de bière.

Ces petits soins de propreté achevés, elle plaça devant la jeune dame une légère collation, vite servie et vite consommée; et tandis qu’elle procédait ainsi à sa toilette, tandis qu’elle achevait ce festin de passereau, dans la salle voisine on prolongeait outre mesure un repas de cyclopes; les voix y retentissaient pleines et véhémentes; tout le monde y parlait à la fois, et avec un tel vacarme qu’à peine pouvait-on encore percevoir par intervalles le son du fifre; car c’était de cette salle, invisible pour moi, que les notes criardes de l’instrument étaient arrivées jusqu’à mon oreille.

Prévoyant la fin de l’orgie, la matrone se hâta de compléter son œuvre; ouvrant un coffre de bois, elle en tira une paire de jolis brodequins rouges, dont elle chaussa la jeune femme; jeta par-dessus sa robe blanche une écharpe de pourpre, retenue à l’épaule gauche par une longue épine de prunellier; elle lui cercla la tête d’une mince bandelette écarlate, lui passa des bracelets et des colliers de petites baies, semblables par la forme et la couleur à des grains de corail; enfin, comme dernier agrément, elle lui maquilla les joues au moyen d’un cosmétique où la brique, je le suppose, entrait pour une bonne part.