Quand la jeune lionne franque se vit ainsi ponceau, pourpre, garance, écarlate, rouge des pieds à la tête, elle poussa un cri de triomphe, surtout lorsque, suivi de ses convives, son mari entra dans sa chambre et parut émerveillé, ébloui à la vue de la charmante épouse qu’il venait d’acheter.

Acheter une femme, c’était déjà l’expression, expression longtemps conservée en Allemagne, Ein weib kaufen. Il faut dire qu’alors la fiancée n’apportait pas de dot; tout au contraire, c’était l’épouseur qui payait une certaine redevance à la famille de la promise. Nous devons beaucoup de nos usages à nos pères Celtes; quant à celui-ci, nous n’avons pas jugé à propos de le conserver.

Ce mari qui avait maintenant le sourire dans les yeux, sur les lèvres, sans doute aussi dans le cœur, je le reconnus aussitôt; c’était le Sire de la noce, celui que, deux heures auparavant, j’avais rencontré si grave, si solennel, si morose.

Selon les prescriptions du druide, la nouvelle mariée l’a d’abord servi à table, humblement et debout comme les autres esclaves de la maison; puis, vers le milieu du repas, elle s’est retirée pour substituer à sa toilette de jeune fille celle de la jeune femme, de la jeune femme qui a le droit de suivre la mode et d’arborer le rouge jusque dans ses cheveux.

Maintenant, le maître, elle le reçoit chez elle; là elle est maîtresse et maîtresse elle doit rester. Il en était ainsi parmi les Francs; malgré l’antienne du barde, malgré les rigides conditions du mariage, les femmes finissaient presque toujours par devenir souveraines au logis; usage qui, mieux que celui de la fille sans dot, a pu traverser le Rhin.

De compte fait, dans mon excursion nocturne au pays des aïeux, je venais d’assister, en qualité de témoin seulement, il est vrai, à trois repas successifs: repas d’affaires, repas hospitalier, repas de noces. Insuffisant pour la complète satisfaction de mon appétit, cela pouvait aider du moins à le faire naître. Je songeais donc à battre en retraite pour chercher un gîte et un souper, lorsque le barde-druide, qui n’a pas dédaigné de s’asseoir à la table nuptiale, comme font nos bons curés de village, s’avance solennellement au milieu de la chambre, en tirant quelques accords d’une sorte de harpe, faite d’un arc fortement courbé et comptant trois cordes au lieu d’une seule.