Pour le gagner à la cause de l’Empire, on le fit roi; le roi des fleuves de la Germanie. Qu’était-ce qu’un roi de plus ou de moins pour un peuple qui faisait ou défaisait les rois à volonté?
Flatté dans son orgueil, le Rhin parut s’adoucir.
Il avait déjà laissé passer Jupiter, le prenant peut-être pour Ésus; après informations et sur leur brevet de moralité, il laissa de même la route libre devant Apollon, Minerve, Diane et quelques autres divinités supérieures et bien famées; mais à la vue de Bacchus, sa colère le reprit. Quoi! gorgés seulement de bière, les Germains n’étaient-ils pas assez emportés, assez querelleurs? Devait-il consentir à ce que le vin excitât encore leurs passions tapageuses? Il était roi; il devait garantir ses peuples d’un pareil fléau.
Les divinités, déjà admises, plaidèrent la cause du fils de Sémélé; il resta inexorable. Cependant, lorsque l’empereur Probus eut fait planter de vignes une partie du Rheingau, charmé de cette nouvelle décoration ajoutée à ses rives, ayant déjà, peut-être, mordu lui-même à la grappe, sa rigueur se détendit. Il consentit à ce que Bacchus traversât d’une rive à l’autre, mais seulement à l’époque des vendanges.