Deux corbeaux au vol rapide parcourent sans cesse l’univers pour voir ce qui s’y passe, et, venant s’abattre l’un sur son épaule gauche, l’autre sur son épaule droite, lui content tout bas à l’oreille la gazette du jour. Un écureuil, d’une agilité égale à celle des corbeaux, exécute un va-et-vient continuel le long de l’arbre.... Si vous doutez, écoutez le poëte:

.... Le redoutable Odin
Était assis sous cet antique frêne,
Arbre sacré dont le front immortel
S’élève et touche à la voûte du ciel.
Sur le sommet un aigle aux yeux avides
Aux yeux perçants, aux yeux toujours ouverts,
D’un seul regard embrasse l’univers.
Odin reçoit ses messages rapides.
Incessamment un léger écureuil
Part et revient; la voix du dieu l’anime;
Soudain du tronc il s’élance à la cime,
Et de la cime au tronc en un clin d’œil
Il redescend: Odin, lorsqu’il arrive,
Penche vers lui son oreille attentive....

Mais le poëte ne vous dit pas tout.

Comme contre-police chargée de vérifier les rapports de l’aigle, de l’écureuil et des corbeaux, un vautour perché sur le faîte de l’arbre divin, étendant ses regards à travers tous les horizons de la terre et du firmament, attentif à la moindre alerte, signale chaque événement de quelque gravité par ses cris ou ses battements d’ailes.


D’autres animaux encore peuplent le grand frêne Ygdrasil. Ceux-là jouent un rôle sinistre au milieu de cette étrange ménagerie: des reptiles hideux, grouillant dans des mares croupissantes où plonge une des racines de l’arbre, s’occupent sans relâche à y injecter leur venin; sous une autre s’est blotti un dragon, qui la ronge incessamment, et quatre cerfs affamés, courant à travers ses branches, dévorent son feuillage.