Pour cette chasse aux géants, Odin a fait don à son fils de trois objets précieux nommés dans l’inventaire des Ases, les trois joyaux de Thor. Le premier est son lourd marteau, Mjoïner (quelques-uns disent sa massue), qui va de son propre mouvement à la rencontre des géants, et leur brise la tête. Un des commentateurs de l’Edda ne veut voir dans les géants des montagnes que les montagnes elles-mêmes, et dans le marteau Mjoïner que la foudre, qui le plus souvent les frappe à la tête. Défions-nous des commentateurs autant que des astronomistes.

Le second joyau de Thor, ce sont ses gants de fer. Dès qu’il en est armé, le marteau lancé dans l’espace, après avoir atteint son but, revient se placer dans sa main, comme, dans la chasse au vol, le faucon sur le poing du chasseur.

Enfin le troisième joyau de Thor, c’est son baudrier de vaillance. En est-il revêtu, aussitôt ses forces s’augmentent de moitié; il devient irrésistible, il terrasserait le puissant Odin en personne. Mais de ce côté, Odin n’a rien à craindre; quoique d’un naturel brutal et emporté, Thor est un fils soumis et respectueux.

Comme maître du tonnerre aux cheveux rouges, comme destructeur des géants, comme dieu actif, turbulent et tapageur, un peu coiffé sur l’oreille, Asa-Thor, c’est-à-dire le seigneur Thor, jouissait parmi les hommes de la plus haute considération.

Une arme pour le moins aussi merveilleuse que le marteau d’Asa-Thor, c’est l’épée du dieu Freyr. Cette épée, douée d’une intelligence peu commune chez ses pareilles, obéissait ponctuellement aux ordres de son maître. Même lorsqu’il n’était pas là pour la diriger, elle se portait d’elle-même à son commandement sur tel point, sur tel autre, frappant d’estoc et de taille, faisant rage au milieu de la mêlée, sans qu’une main quelconque en fît mouvoir la poignée.

Pendant ce temps, le bon Freyr, dieu pacifique s’il en fut, peu curieux des batailles, se contentant de donner de loin des ordres à son épée, restait paisiblement assis à la table d’Odin, où il s’abreuvait de bière forte et des vins les plus exquis.


Quand j’étais lieutenant dans la garde nationale de Belleville, si l’on avait à cette époque su confectionner des fusils d’après un semblable système, j’en suis certain, en visitant les postes, j’aurais pu voir un fusil graviter tout seul devant la mairie, ainsi que devant le corps de garde; spectacle non moins intéressant, j’aurais pu rencontrer sur ma route une patrouille composée de quatre fusils et d’un caporal, un caporal de bonne volonté, pour crier: «Qui vive?» tandis que les heureux possesseurs de ces armes perfectionnées, assis non à la table d’Odin, mais à celle du café ou du cabaret le plus proche, se seraient abreuvés de vin et de bière, à la façon des dieux scandinaves.