Il commença par régulariser l’administration du ciel. Les Ases jusqu’alors vivaient un peu à leur fantaisie; il leur distribua des emplois, imposant à chacun d’eux un devoir à remplir: à Niord, la direction des fleuves et de la pêche; à Égir, celle des mers et de la navigation; ainsi des autres; exigeant de tous l’exactitude et la régularité, mais leur interdisant l’excès de zèle, ainsi que le faisait M. de Talleyrand vis-à-vis de ses commis diplomates.

Ensuite, il songea à la terre.

A mesure qu’ils s’étaient multipliés, les hommes avaient senti croître leurs vices en même temps que leurs besoins. Pour satisfaire aux uns comme aux autres, ils avaient recours à cette grande loi primitive qui compose à elle seule tout le code de la barbarie, la loi du plus fort.

Les pâturages les plus abondants, les rochers, les grottes, qui présentaient les plus sûrs abris, les forêts les plus giboyeuses, les sources où les troupeaux venaient de préférence se désaltérer, tout se conquérait par la force et se maintenait les armes à la main.

Le sage Odin comprit que la violence n’était pas le droit, que le vol ne pouvait suffire à constituer la possession. Il résolut de fonder la propriété, et de la fonder en lui imprimant un caractère religieux qui pût la rendre sacrée aux yeux des peuples.

Une de ses filles, nommée Géfione, fut envoyée par lui vers un des chefs les plus puissants de la Scandinavie. Elle arriva devant sa tente les mains pleines de présents. En échange, Géfione ne réclamait que la possession d’un empan de terre. Le chef lui donna un champ vaste, mais inculte.

Non sans des vues secrètes, et toujours sous l’inspiration d’Odin, elle alla bien loin, dans des pays de montagnes, dans des pays de géants. De ces géants, elle en épousa un, un des plus forts, dont elle eut quatre fils. La force a son bon côté. Ces quatre fils du géant, Géfione les transforma en bœufs, et, par douce persuasion, contraignit son mari lui-même à les atteler à la charrue. Un ruisseau marquait les limites du champ; à l’autre bord s’élevait un autel.