Ainsi fut instituée la première propriété, par l’achat, le travail, et sous la protection des dieux. Son premier possesseur, l’époux géant, y figura la force se soumettant au droit; les quatre bœufs représentaient la famille laborieuse, améliorant le sol et le fécondant de ses sueurs.
A l’imitation de Géfione, bientôt, de toutes parts, on mesura la terre pour la diviser; on la borna, et les pierres qui indiquaient l’étendue légale de chaque possession furent réputées saintes.
Pour encourager les hommes dans leurs efforts, chaque matin, les Ases, montrant leurs têtes lumineuses à l’horizon, les réjouissaient de leur vue et assistaient à leurs travaux.
Il arriva même que le dieu Thor vint rendre visite à sa sœur Géfione; sur tous ces terrains nouvellement acquis, il lança quelques éclats de sa foudre pour les consacrer. Déjà avait cours cette croyance que le tonnerre consacre tout ce qu’il touche. Plus tard, et jusqu’au quinzième siècle, à Bonn, à Cologne, à Mayence, le marteau de Thor, lancé sur la portion de terrain devenu fief, suffit pour attester le droit imprescriptible du propriétaire.
Mais ce droit ne suffisait pas à rendre la société humaine stable et florissante; il fallait aux peuples une hiérarchie de rangs et de races; du moins le divin disciple du sage Mimer jugea qu’il en devait être ainsi. Cet ordre hiérarchique, les moyens qu’il employa pour l’établir peuvent nous paraître étranges, bizarres, peut-être malséants, à nous qui ne sommes pas des dieux; ils réussirent néanmoins.
Par son ordre, Heimdall, le dieu au faux râtelier, abandonna pendant neuf jours son poste de gardien de la Valhalla, et, prenant route à travers les pays, il vint frapper à la porte d’une cabane chétive, misérable, où logeait LA BISAÏEULE. Il y demeura trois jours et trois nuits.
La Bisaïeule mit au monde un enfant mâle, à la peau noire, aux mains calleuses, mais aux larges épaules et aux bras vigoureux. On le nomma Thrœll (le serf).