J’en ai douté d’abord, je commence à le croire, les savants ne s’y sont pas trompés; oui, ces premiers Celtes descendaient de l’Inde, de l’Inde déjà en décadence morale, et, dans leurs bagages de voyageurs, ils en avaient emporté, par mégarde, ce lambeau de cosmogonie symbolique, dont, à coup sûr, eux-mêmes ne comprenaient pas la triste signification.

Au bout de quelques années, de quelques siècles peut-être (ici nous n’avons pas à ménager le temps), toujours s’obstinant à prendre au sérieux ce dieu égoïste, perdu dans la contemplation de soi-même au sein d’un ciel froid et vide, n’abandonnant pas l’espérance d’établir quelques relations entre eux et lui, à défaut du Créateur, les Celtes s’adressèrent à la création, lui demandant un intermédiaire qui écoutât leurs plaintes ou leurs actions de grâces et pût les transmettre plus haut.

On le sait, ils avaient d’abord à cet effet pris conseil du soleil et de la lune; mais ils n’avaient pas eu à se louer d’eux.

Placés trop loin de leurs clients pour entendre leurs plaintes, ou préoccupés de leur labeur quotidien, ces astres participaient vis-à-vis des hommes à la parfaite indifférence de leur maître commun.

Irrités de ce manque d’égards, nos dévots songèrent à se choisir d’autres intercesseurs moins occupés, qu’ils pussent non-seulement toucher du regard, mais de la main, et qui, autant que possible, restassent en place, afin qu’on fût toujours sûr de les trouver à domicile.

Ils s’adressèrent aux fleuves et aux montagnes, mais les fleuves n’avaient d’immobile que leurs rivages; comme le soleil, comme la lune, ils poursuivaient leur course; quant aux montagnes, refuge des loups, des ours et des serpents, ce qui était déjà une mauvaise recommandation, les neiges ou les brumes les voilaient sans cesse aux regards des suppliants.

De guerre lasse, on finit par s’adresser aux arbres, et, comme il arrive toujours, on reconnut que c’était par là qu’il eût fallu commencer.

L’arbre était le médiateur le plus favorable; placé entre ciel et terre, il tenait à la terre par ses racines, et sa tige, semblable à une flèche empennée de verdure, se dressait vers le ciel comme pour s’y élancer.

Le culte des arbres, probablement, fut une première tentative de vie sédentaire, opposée à la vie nomade que les Celtes avaient menée jusqu’alors, de gré ou de force; il s’établit en peu d’années dans tous les pays en deçà comme au delà du Rhin.

Les arbres ne manquaient pas; chacun eut le sien. Ne pouvant l’emporter avec soi, on s’habitua à vivre près de lui.