L’homme pouvait y adosser sa cabane; le troupeau y dormir à l’ombre.
Les oiseaux y venaient d’eux-mêmes. Chantaient-ils? c’était un signal de plaisir; y suspendaient-ils leurs nids? une invitation au mariage.
L’arbre qui produisait des fruits parlait de bien-être, d’abondance et de fêtes; des fêtes de la récolte, de celles du pressurage, où assisteraient les amis, tenant à la main la corne de bœuf débordant d’un liquide mousseux.
Bientôt, à la naissance d’un enfant on planta l’arbre natif, qui devait être son compagnon et son conseiller pendant toute sa vie.
Plus tard, un massif représenta une famille.
Les soins religieux à rendre à l’arbre, c’était de l’émonder, de le diriger dans sa maîtresse branche, de nettoyer son écorce de toute herbe parasite, d’écarter de sa base les animaux nuisibles, les fourmis, les rats, les serpents. Ces soins continus devaient nécessairement aider aux progrès de la culture.
Les sectateurs des arbres firent plus. A de certains jours consacrés, ils suspendirent à leurs branches des bouquets d’herbes et de fleurs; leur portant à boire, et même à manger. Le fétichisme s’en mêlait déjà. L’homme a-t-il jamais su se préserver de l’excès?
Quand le vent murmurait à travers le feuillage, le fervent propriétaire écoutait attentivement, essayant d’interpréter le langage mystique de son cèdre ou de son poirier, et une causerie en règle s’établissait entre eux.
Qu’un orage s’élevant secouât vigoureusement l’arbre, présage fâcheux; que sous la rafale une de ses branches fût brisée, pronostic certain d’une catastrophe prochaine; que la foudre le frappât, signe infaillible de mort pour le propriétaire; et celui-ci se résignait, fier d’avoir enfin forcé son dieu fainéant de correspondre directement avec lui.
Si un enfant mourait, on l’enterrait sous son arbre, encore arbrisseau. Il n’en était pas de même quand il s’agissait d’un homme.