Les Celtes usaient de divers et étranges moyens vis-à-vis des dépouilles humaines pour les faire disparaître. Dans tel pays, on les brûlait, et l’arbre natif fournissait le bois du bûcher; dans tel autre, le Todtenbaum (l’arbre de mort), creusé par la hache, servait de cercueil à son propriétaire. Ce cercueil, on l’enfouissait sous terre, à moins qu’on ne le livrât au courant du fleuve, chargé de le transporter, Dieu sait où! Enfin, dans certains cantons existait un usage,—usage horrible!—qui consistait à exposer le corps à la voracité des oiseaux de proie; et le lieu de cette exposition lugubre, c’était le sommet, la cime de ce même arbre planté à la naissance du défunt, et qui cette fois, par exception, ne devait pas tomber avec lui.
Or, que voyons-nous dans ces quatre moyens si tranchés de restituer les dépouilles humaines aux quatre éléments, à l’air, à l’eau, à la terre et au feu? quatre genres de funérailles, de tout temps, et même encore aujourd’hui, pratiqués aux Indes, parmi les sectateurs de Brahma, de Bouddha ou de Zoroastre. Les Guèbres de Bombay, comme les derviches noyeurs du Gange, en savent quelque chose. Donc voilà quatre preuves pour une en faveur du système qui donne aux Celtes une origine indienne. Quant à moi, je le déclare, cette quadruple preuve achève de me convaincre.
On doit croire que l’usage des arbres de mort et des noyades posthumes dura séculairement dans la vieille Gaule comme dans la vieille Germanie. Vers 1560, des ouvriers hollandais, occupés à fouiller un atterrissement du Zuyderzée, rencontrèrent, à une grande profondeur, plusieurs troncs d’arbres miraculeusement conservés par pétrification. Chacun de ces troncs avait été habité par un homme, dont il conservait quelques débris, eux-mêmes presque fossilisés. Évidemment, c’était le Rhin, ce Gange de l’Allemagne, qui les avait charriés jusque-là, l’un portant l’autre.
En 1837, en Angleterre, du côté de Solby (Yorkshire), plus récemment encore, dans le grand-duché de Bade, au mont Lupfen, à la date de 1846, des arbres todtenbaum, de même conservés par la vertu spéciale du sol, ont été rencontrés avec leur habitant.