En vérité, quand j’examine de près ces barbares, hommes ou dieux, je m’étonne de découvrir sous l’enveloppe de leurs fables tant de notions d’ordre et de justice. Sur ces fables, le temps devait souffler un jour. Jusqu’à présent, peut-être n’a-t-il pas soufflé assez fort, c’est possible; peut-être aussi reprochera-t-on à Odin d’avoir, dès les premiers siècles du monde, inventé le moyen âge et le régime féodal; reproche puéril! Il le faut reconnaître, en dépit de la violence des mœurs et des excès du culte, une civilisation brutale, si l’on veut, agressive, je le reconnais, mais une civilisation enfin était née chez les Scandinaves et s’y conservait sous la neige comme les vigoureuses plantes de nos Alpes. D’où vient que les Germains et les Francs, plus favorisés par le climat et par le voisinage de peuples policés, leur sont restés si longtemps inférieurs de ce côté? C’est qu’ils étaient plus qu’eux sujets aux invasions; les invasions descendaient de la Scandinavie, mais n’y remontaient pas.

La propriété et la hiérarchie sociale édifiées, Odin avait établi le mariage avec l’anneau symbolique, puis les tribunaux. Toutefois, ayant donné à l’homme une âme immortelle, lui devant, selon ses mérites, récompense ou châtiment dans un autre monde, c’est dans cet autre monde qu’il avait dû commencer à installer ses hautes cours de justice.

Nous allons donc maintenant nous transporter dans la Valhalla et même jusque dans les enfers, si le lecteur veut bien nous y suivre.