Les Valkyries donc, ces belles nymphes du carnage, attirées par le bruit des armes, se plaisaient aux mêlées sanglantes, aux cris des mourants, même à l’odeur des cadavres, goût étrange chez des femmes aux yeux bleus. Disons cependant que ces goûts contre nature se trouvaient justifiés chez elles par la mission qu’elles avaient à remplir, mission toute de bienveillance et de tendre mansuétude.
Elles parcouraient les champs de bataille, non pour relever les morts, mais pour recueillir l’âme de ceux qui venaient de mourir. A Séola (tel était le doux nom de l’âme chez les peuples de race gothique ou scandinave), elles posaient alors rapidement les questions suivantes:
«Séola, appartenais-tu à un homme libre ou à un esclave?
«Séola, ton maître honorait-il les dieux, et les prêtres de ces mêmes dieux?
«Gardait-il la foi jurée?
«Est-il mort en brave, la face à l’ennemi et sans un frisson au cœur?
«Séola, a-t-il jamais combattu contre ceux de sa race et de son sang?»
Une fois échappée aux liens misérables de cette terre, l’âme humaine ne possède plus la puissance funeste du mensonge; Séola répondait donc avec pleine sincérité, fût-ce même pour sa propre condamnation. Dans ce dernier cas, la Valkyrie l’abandonnait aux Alfes noirs, sortes de démons, pourvoyeurs de l’enfer; mais s’était-elle adressée à la séola d’un soldat brave et loyal, aussitôt déployant ses blanches ailes, elle l’emportait vers la Valhalla, séjour des dieux, paradis des héros.