Le repas achevé, les dernières coupes vidées en l’honneur de Balder, on propose, en façon de divertissement, d’essayer vis-à-vis de lui jusqu’à quel point toutes ces substances, végétales ou minérales, engagées par leur serment, y seront fidèles.

Commençant par les plus inoffensives, on lui jette une motte de terre; la motte de terre se disperse en un nuage de poussière avant de l’atteindre; on lui verse sur la tête une cruchée d’eau; l’eau forme cascade au-dessus de lui sans même mouiller ses vêtements; on essaye de le frapper d’une baguette de coudrier; la baguette, échappant à la main qui la tient, se rompt en deux. Balder, prenant plaisir à ce jeu, encourage les assaillants.

L’adroit Uller lui lance une flèche sans pointe, ne le visant, par un reste de prudence craintive, qu’à l’épaule. La flèche passe à vingt pieds du but et poursuit son vol à travers les airs, comme l’oiseau qui chercherait sa proie par delà les nuages.


Ainsi de dix autres qui s’essayent à leur tour, soit armés d’un fragment de roc, soit d’une lourde branche en forme de massue; mais le fragment rocheux était de pierre, et la pierre se rappelait le serment fait à Frigg; mais la massue provenait d’un arbre, et l’arbre se rappelait le serment fait à Frigg.

Enhardi par tant d’épreuves rassurantes, Freyr voulut essayer de son épée magique; cette fois, l’épée resta sourde à son commandement. Thor brandit son marteau; son marteau, après un vif mouvement de recul, faillit lui retomber sur les talons. L’épée de Freyr, le marteau de Thor étaient de fer; le fer se rappelait le serment fait à Frigg.