«Que tous les êtres de la création, tous, cette fois, tu m’entends, lui dit-elle, donnent une larme à Balder, une larme semblable à celle que tu viens de répandre devant moi, et Balder te sera rendu.»

Frigg ne voulut confier qu’à elle-même le soin de réaliser sa suprême espérance. De nouveau elle se remit en route. Elle parcourut la terre; elle réunit autour d’elle toutes les populations les unes après les autres; au seul nom de Balder, des pleurs coulèrent de tous les yeux.

Pendant trois mois elle parcourut les forêts, les montagnes, les lacs, les mers, et les animaux qui peuplaient les mers, les lacs, les montagnes, les forêts pleurèrent. Elle pénétra jusqu’au séjour des géants, les ennemis des dieux, et devant sa douleur les géants pleurèrent: chaque arbre pleura, chaque rocher pleura.


Frigg, la joie au cœur, croyait sa tâche terminée; elle apprit qu’à l’orient de Midgard demeurait une vieille femme, au milieu d’une forêt aux arbres de fer. Comme elle y demeurait seule, loin de tout chemin tracé, elle n’avait pu se trouver sur la route de la céleste voyageuse. A travers des sentiers escarpés, coupés de fondrières et de torrents, Frigg parvint jusqu’à elle. Au récit de son désastre, les arbres de fer pleurèrent, mais la vieille ne pleura pas.

On la nommait Thorck, et son cœur était dix fois plus dur que son nom.

«Que me fait à moi ton Balder! dit-elle à la déesse; que m’importe qu’il soit mort ou vivant!... Tu as d’autres fils, moi je n’en ai plus un. Naguère j’en avais quatre, tous quatre ma joie, mon orgueil; qu’ils étaient beaux! qu’ils étaient grands!... Ton fils Thor me les a tués tous quatre. J’ai bien pleuré alors; maintenant, c’est fini. Cherche des larmes ailleurs; je n’en ai pas pour la douleur des autres!»

Frigg se courba devant elle, la pria, la conjura, se mit à ses genoux; la vieille fut inflexible. Balder devait rester le prisonnier de Héla.