Tandis que Rome s’efforçait de s’établir en Germanie, des nations germaines, les Francs, les Bourguignons envahissaient les Gaules et commençaient à s’installer dans les provinces romaines par droit de conquête.

Les proconsuls jugèrent prudent et sage de fermer momentanément les yeux sur la question religieuse; sinon la paix, une longue trêve fut consentie entre tous les cultes, avec quelque défiance de part et d’autre, il est vrai. Odin eut ses autels distincts de ceux de Jupiter; on éleva un temple au dieu Thor en regard de celui du dieu Mars; si Bacchus, Diane, Apollon eurent leurs jours fériés, il en fut de même pour Bragi, pour Frigg, pour Freya.

Malgré cette tolérance universelle, on continuait de s’observer cependant.

Une guerre sainte ne pouvait tarder d’éclater; sur quelques points elle avait commencé déjà, quand des pêcheurs du Rhin, occupés à retirer leurs filets, entendirent des voix courir sur la surface du fleuve en murmurant les noms de Jésus et de Marie.

Ces mêmes voix, ces mêmes noms se firent entendre à diverses reprises devant Strasbourg, Mayence et Cologne, c’était le christianisme qui s’avançait.

Ces noms fatidiques murmurés par le fleuve, plus tard, des druidesses, dans leurs exaltations prophétiques, des prêtres de Jupiter, en consultant les augures, l’avaient articulé d’eux-mêmes et contre leur propre volonté.

On citait un druide qui, au moment du sacrifice, saisi d’un transport soudain, laissant échapper son couteau, s’était écrié: Miserere mei, Jesus! Et le latin avait été jusque-là une langue inconnue à ce druide!