Les peuples demeuraient dans l’attente d’une nouvelle révolution religieuse.

Bientôt des vaincus de Tolbiac, faisant retour vers le Rhin, jetèrent la consternation dans tous les cœurs en annonçant que Clovis, le roi des Francs, déjà soupçonné de pactiser avec Rome, venait de se donner au Dieu des chrétiens, et que le Dieu des chrétiens s’avançait à la tête de dix légions d’anges exterminateurs.

A cette nouvelle, oubliant leurs désaccords, les cultes rivaux, également menacés, se réunirent pour résister à ce terrible envahisseur. Un appel général fut fait, non-seulement du camp d’Odin à celui de Jupiter, mais à tous les dieux du Nord, aux dieux de la Finlande, aux dieux de la Russie, aux dieux slaves: le danger était commun à tous, et tous, répondant à l’appel, se dirigèrent vers le Rhin.

Il ne nous est point permis de passer avec rapidité sur ce grand rassemblement olympique, rêve de poëte si l’on veut, mais rêve traditionnel, étrange, non dépourvu d’éclat, et qui donne un complément inattendu à ce tableau, jusqu’alors restreint, des mythologies du Nord.

Au rendez-vous se présentèrent d’abord en bon nombre les dieux borussiens (prussiens); au premier rang, parmi eux, figuraient Percunos, le divin ordonnateur des astres; Pikollos, à la face aussi pâle que celle de Héla; comme celle-ci il présidait aux enfers, et n’exigeait des hommes que des prières accompagnées de battements de cœur, se souciant peu qu’on l’aimât pourvu qu’on le craignît. Un troisième, Potrympos, avait la figure d’un adolescent, la bouche souriante et le front couronné d’épis et de fleurs; c’était le dieu de la guerre.... de la guerre! alors, pourquoi ce sourire, pourquoi ces épis, ces fleurs? C’est que Potrympos présidait aussi à l’alimentation publique et même à l’amour.

Il paraît que dans l’ancienne Prusse, la guerre était la munitionnaire générale, et suffisait à tout.