Les Finlandais ne comptaient guère parmi eux que des marins, des soldats, des mineurs et des forgerons. Extraire le fer, le forger en ancres de navires, en lances, en sabres, en épieux, telles étaient leurs principales occupations. Aussi honoraient-ils particulièrement Rauta-Rekhi, la personnification même du fer; Wuolangoïnen, le père du fer; Ruojuota, la nourrice du fer; et ils adressaient un culte spécial à trois sombres vierges dont les robustes mamelles fournissaient en abondance un lait noir qui devenait du fer en se refroidissant, comme en se refroidissant l’eau devient de la glace.

Leurs dieux principaux, en dehors de ceux-là, étaient au nombre de trois, comme toujours, trois frères.

L’aîné, le vieux Vainamoïnen, a créé le feu céleste et le feu terrestre, c’est-à-dire le soleil et les volcans.

Le second, Ukko, est chargé de les alimenter de combustible, sans quoi la terre refroidie passerait bientôt à l’état d’un immense glaçon et le soleil à celui d’un amas de braise éteinte. Placé dans les nuages, il souffle alternativement sur l’un et sur l’autre pour entretenir leur double foyer, et il les interpelle avec la voix du tonnerre.

Ilmarinnen, le troisième, grand travailleur et bon ouvrier, a forgé la terre et les sept cieux qui l’environnent; on l’appelle le Forgeron éternel. Il passe sa vie à forger, tantôt des étoiles de toutes les grandeurs, tantôt des lunes de rechange. Il a même forgé une femme d’argent, non pour lui, mais pour son frère puîné, à qui ses occupations multipliées, incessantes, ne permettaient pas de faire les démarches nécessaires pour tout mariage sortable. Cette femme de fin métal, bien confectionnée, belle, charmante, du plus heureux caractère, n’avait qu’un défaut, un seul; on ne pouvait l’approcher sans se sentir gelé jusqu’à la moelle des os.

Le plus habile forgeron n’arrive pas du premier coup à faire une femme parfaite.

Aussi, quand il s’agit de son propre mariage, Ilmarinnen se décida-t-il à prendre une femme toute faite, et, comme il était d’usage alors parmi les Finlandais comme parmi les Germains, il l’acheta.

Pour nous reposer un peu de cette longue énumération de divinités aujourd’hui passées de mode, j’ai grande envie de placer ici une saga, une tradition finlandaise, au sujet de ce même mariage d’Ilmarinnen le Forgeron, et composée par sa propre sœur. Dans ce chant de noce, expression des sentiments les plus doux et les plus chastes, on pourra entrevoir les mœurs intimes de ces dieux artisans, à qui il arrivait parfois de battre leurs femmes; du moins la saga nous donne le droit de le supposer.

Ilmarinnen vient de se marier, et il s’impatiente, il se damne de ne point voir accourir au-devant de lui sa jeune épouse. Écoutez ce que lui chante alors, en s’accompagnant de la petite guitare-kantèle, pour le calmer plus sûrement, l’hôtesse de Pohjola, sa sœur:

«O époux, frère de mes frères, longtemps déjà tu t’es irrité dans l’attente de ce jour heureux, patiente encore; ta bien-aimée ne tardera pas; elle achève sa toilette, mais, tu le sais, elle est loin la fontaine où elle a dû aller puiser de l’eau.