Enfin, j’étais en route!
QUATRIÈME PARTIE.
I
L’airelle-myrtille. — Embarcadère d’Oos. — Rencontre d’un homme effaré. — Grand scandale dans la maison Lebel. — Enlèvement de Thérèse. — Traité d’alliance entre l’homme et la cigogne. — Arrivée à Heidelberg. — L’enfant prodigue.
Il existe une petite plante, haute à peine de douze à quinze centimètres, aux feuilles ovales, luisantes, légèrement dentées, aux fleurs en grelot, et d’un blanc rougeâtre; cette plante, c’est l’airelle-myrtille. Elle croit généralement dans les pays montagneux, sous l’ombrage des bois, dont elle décore la lisière comme d’un tapis de myrtes nains; de là, en France, son nom de myrtille.
J’avais déjà rencontré le myrtille dans les montagnes des environs de Bade, à Aller-Heiligen; les pentes de la forêt Noire en sont couvertes; aussi les industriels du grand-duché ont-ils trouvé moyen de tirer de sa petite baie noirâtre un parti considérable. On en fait un hors-d’œuvre vinaigré qui se trouve sur toutes les tables d’hôte; on en compose des gâteaux, des confitures, voire même du vin, et du vin dont nous autres Parisiens, qui volontiers vivons dans l’ignorance complète du vaccinium myrtillus aussi bien que du vaccinium oxiccoccos, avons pu goûter, car il nous est destiné spécialement. Un de mes grands amis du casino de Hollande m’affirmait que, dans une de ces années malencontreuses où l’oïdium avait détruit chez nous l’espoir de la vendange, quarante mille barriques de baies de myrtilles, rien moins, avaient été expédiées de la forêt Noire pour France.
Le myrtille ne se transforme pas seulement en gâteaux, en hors-d’œuvre, en confitures et en vin, on l’emploie aussi en médecine et en teinturerie; les plus grands docteurs de l’Allemagne recommandent son fruit comme un puissant antiscorbutique, ses feuilles comme un diurétique excellent, ses racines comme un fébrifuge incomparable.
Ce qu’en laissent messieurs les confiseurs, pâtissiers, marchands de vins, teinturiers et pharmaciens, est employé par messieurs les tanneurs.