It is a postilion!

It is a leathery postilion!

Sa! Sa!

«T’amuse-t-il toujours? demanda Junius à Antoine.

—Beaucoup moins,» répondit celui-ci d’une voix lugubre.

Le batelier, calme et placide, seul conservait sa même physionomie et ramait en mesure.

Tous trois, immobiles, tournant le dos au chanteur, nous apercevions à distance, sur notre droite, la ville de Ladenbourg, avec ses vieilles murailles flanquées de tourelles; sur notre gauche, au sein même de la rivière, un bloc de rocailles se montrait surmonté d’une sorte de petit monolithe avec une niche vide. Autrefois, cette niche abritait une madone, que les premiers réformateurs avaient fait disparaître. Je savais par Junius que ce monument votif signalait le voisinage du champ de bataille de Seckenheim; mais je n’avais plus conscience de moi-même: Frédéric le Victorieux ne m’était plus de rien, et mon esprit somnolent, aux sons de cette mélopée abrutissante de It is a postilion, se perdait dans les nuages, quand tout à coup le chanteur s’interrompit.

Tous trois, par un même mouvement de surprise, mêlé de bien-être, nous tournâmes la tête vers lui. De ce côté, une autre surprise nous attendait.

Complétement dépouillé de ses vêtements de matelot, nu de la tête aux pieds, le corps droit et allongé, les bras en l’air, les mains rassemblées, notre Américain se tenait sur la pointe du bateau, prêt à donner une tête dans la rivière.

Junius jeta un petit cri pudique et se voila le visage de son mouchoir.