«La Poésie était morte, frappée au cœur d’un coup de compas.
«Quoiqu’on ne la regrettât guère, on voulut, vu le grand rôle joué par elle autrefois, traiter la défunte en impératrice douairière et lui faire des obsèques convenables.
«On songea à l’exposer sur un lit de parade, dans des voiles de pourpre et avec une couronne de fleurs sur le front.
«Mais chez les marchands d’étoffes on ne trouva plus de pourpre, et dans pas un jardin on ne rencontra de fleurs. Une gelée inattendue les avait toutes anéanties.
«On convint, pour le cérémonial, de remplacer les voiles de pourpre par des draperies habilement peintes, et les fleurs par un peu de musique.
«Mais il n’y avait plus aux alentours ni un peintre ni un musicien.
«La Poésie était morte.
«On pensa à faire du moins accompagner le corps par une théorie de jeunes filles vêtues de blanc. Il n’y avait plus de jeunes filles. Toutes les femmes avaient le teint hâve et la peau ridée.
«La Poésie était morte.
«Ses meurtriers, en sortant du cimetière, voulurent achever de se réjouir en se réunissant pour le repas du deuil; mais ils s’égarèrent en chemin, le soleil ne projetant plus sur la terre que des rayons ternes et sombres.