—Non; ce doit être un étranger.
—Il n’est pas difficile de deviner son origine, interrompit un des nôtres; dans certains pays de l’Orient, les sorcières ont deux prunelles dans chaque œil, dit-on; lui, dans chacun de ses genoux semble loger deux rotules. Le buste carré, le col dans les épaules, long sur pattes comme un héron, j’en réponds, c’est un Hollandais. A coup sûr, reprit-il en ricanant, j’ai déjà vu ce malbâti quelque part.... Ah! oui; dans un tableau de Téniers.»
L’auteur de cette sortie peu charitable était un petit bossu, très-bossu, auprès duquel j’avais dîné, homme d’esprit du reste, ce qui chez lui autorisait la bosse.
Quand nous pénétrâmes enfin dans ces caves immenses, longues comme la rue de la Paix, à Paris, et où circulaient des haquets et de lourdes voitures avec leur attelage, où une voie ferrée était organisée pour le service, ce qui m’y préoccupa le plus, ce fut de savoir ce qui allait advenir à ce pauvre nez rouge.
Le galop d’un cheval se fit entendre, puis ensuite un tintamarre épouvantable. On eût pu croire que dix écoles de tambours venaient de déboucher dans la crypte. C’étaient les futailles vides qui résonnaient sous les palettes à bouchons.
Débarrassé de son masque, mais les yeux bandés, le néophyte, enfourché sens devant derrière sur un cheval qui gambadait, passa devant nous en exécutant une voltige aussi burlesque qu’involontaire. Les Hollandais ne sont généralement pas d’habiles écuyers, surtout dans cette position anomale. Une ruade lui fit perdre l’équilibre; les frères Terribles le reçurent dans leurs bras.
A peine remis de sa secousse, on le replaça en selle; mais, cette fois, la selle n’était plus sur le cheval; elle surmontait un tonneau caparaçonné. Le pied dans l’étrier, la bride en main, la tête tournée du bon côté cette fois, comme il convient à tout vrai gentleman rider, notre Hollandais s’attendait à caracoler encore, quand, à sa profonde stupéfaction, il se sentit, sans ruade aucune, rapidement entraîné sur une pente glissante. Il était sur le petit chemin de fer.
Il subit encore d’autres épreuves, mais à ce moment une discussion s’était élevée entre nous.
«Il ne serait point convenable d’aller plus loin, disait Athanase; sous le nom de l’Ordre de la Pure Vérité, existe à Épernay une société non maçonnique, mais qui, elle aussi, a ses mots de passe, ses signes de ralliement, son secret enfin. Malgré leurs travestissements, j’ai reconnu parmi ces messieurs des membres actifs de la société, entre autres Brascassin, un de nos bons amis....
—Ce ne peut être Brascassin que vous avez vu, dit un des nôtres; il est à Paris.