—Qu’est-ce que ce Brascassin? demandai-je.
—Le meilleur chansonnier d’Épernay; mais il ne s’agit pas seulement de lui; l’ordre de la Pure Vérité a ses rites mystérieux, plus significatifs, plus imposants qu’on ne le suppose généralement.... nous avons mal pris notre temps; allons visiter une autre cave.»
Une opposition se manifestait; les opinions étaient partagées. On me choisit pour arbitre.
Mon âge, mon caractère connu, semblaient me devoir rallier à la sage et discrète proposition d’Athanase. Il n’en fut rien. Je suis curieux à l’excès; la curiosité l’emporta chez moi sur la convenance et la raison. D’ailleurs, ce malheureux néophyte m’intéressait; je voulais savoir ce qu’ils allaient en faire.
Athanase se soumit à l’arrêt.
A l’extrémité d’une des galeries, nous ne tardons pas à voir briller des torches; là se tenait le sanhédrin. Nous dirigeant de ce côté, nous nous abritons derrière une longue file de planches à bouteilles, hors de service et dressées contre le mur.
A travers les trous des planches, nous pouvions tout voir sans être vus. Assis en demi-cercle sur de petites barriques, l’état-major des grands dignitaires se disposait à procéder aux épreuves morales. Debout devant lui, les yeux toujours bandés, le nez rouge gardait un calme imperturbable.
Le président se leva. J’aurais dû dire le vénérable; bien vénérable en effet. Revêtu d’une dalmatique à passements dorés, le front branlant, la barbe blanche, il paraissait âgé de quatre-vingts ans au moins.
A l’aspect de ce vieillard chez qui tout respirait le calme et la mansuétude, j’eus honte de mon rôle d’espion, et j’allais en revenir au bon conseil d’Athanase, lorsque celui-ci, placé près de moi derrière les planches, me poussa du coude:
«C’est Brascassin! me dit-il à voix basse en me désignant le vénérable; je ne m’étais donc pas trompé!»