«Tu as beau dire, exclama Antoine à brûle-pourpoint, toi qui aimes les noces, tu regrettes maintenant, j’en suis sûr, de ne point être à Épernay pour assister au mariage de ton ami Brascassin!
—Va au diable, toi et ton Brascassin!» allais-je lui répliquer; mais à peine je venais de formuler la moitié de la phrase, que Brascassin, Brascassin en personne, apparaissait devant moi; sa main s’était déjà emparée de la mienne; il me remerciait avec grande expansion de cordialité d’avoir bien voulu me détourner de ma route pour venir servir de témoin à sa femme. D’autres figures de connaissance, éclairées vivement par le gaz du débarcadère, encadraient celle de Brascassin: c’était Athanase, mon ami l’ingénieur, le petit monsieur de la Fléchelle, les deux Épernay, le nid de serpents tout entier! Encore ahuri par les secousses de la locomotive ou par un reste de sommeil, j’hésitais à répondre à l’appel des mains qui se tendaient à la rencontre de la mienne.
Je regardai Antoine, il était radieux; il paraissait enchanté de lui-même, et, chose incroyable! il partit d’un grand éclat de rire; après quoi, se penchant mystérieusement vers Brascassin, il lui murmura quelques mots à l’oreille, comme un conspirateur qui rend ses comptes à son chef.
A Heidelberg, entré en relation avec Brascassin, grâce à l’affaire Van Reben, mon grave ami, comme les autres, comme Thérèse, comme Mme de X..., comme moi-même, subissait son influence fascinatrice. Il avait répondu de mon consentement à l’invitation matrimoniale, et, me trouvant rétif, pour parer à toute objection de ma part, il avait trouvé bon de me mener à la noce à mon insu et presque malgré moi.
Tu quoque? lui dis-je; et remis enfin de mes étonnements, de mes stupéfactions, je rendis à mes ci-devant compagnons de voyage les poignées de main que je venais de recevoir d’eux.
VII
Bruxelles. — Je reçois une visite. — Étonnements successifs et réciproques. — L’hydre à cinq têtes. — Explication, éclaircissements. — Je suis présenté à Mme veuve Van Reben.
Le lendemain, à huit heures du matin, je me réveillais dans une chambre de l’hôtel de Suède, retenue exprès pour moi par Brascassin. Antoine était déjà en course. Mon vieux Jean prenait son café au lait avec les domestiques de la maison. Je me levai, je fis ma barbe; tout en me rasant, je songeais avec amertume à cette complication d’incidents qui me forçait d’assister au mariage de Mme de X.... avec un autre!...
Plus que jamais j’étais convaincu que cette femme-là eût fait le bonheur de ma vie.