— Comment, par quel hasard? dit-il en s’immobilisant dans un geste de surprise; mais puisque c’est demain que je marie ma fille, et que nous comptons bien que vous nous ferez l’honneur d’être à la mairie, à l’église, et au dîner, s’il vous plaît!

—Vous mariez votre fille, mon cher Ferrière!» repris-je avec un nouveau point d’exclamation. Et revenant à mes premières suppositions d’un mystère d’amour entre Thérèse et le Yankee Van Reben: «J’éprouve une vive satisfaction de cette bonne nouvelle, ajoutai-je.

—Quoi! une bonne nouvelle! quoi! par hasard! répéta le bonhomme, dont l’étonnement semblait s’accroître de mes étonnements successifs; vous ne le saviez donc pas?

—Pas le premier mot! je n’en suis pas moins charmé, croyez-le, de voir l’affaire en question aboutir à un dénoûment par-devant notaire. Quant à votre invitation pour la noce, vous vous y prenez un peu tard, mon brave, car demain, justement demain, 29 mai, je dois forcément figurer, comme témoin, au mariage d’un de mes amis, M. Brascassin.

—Ah! la farce est bonne! dit Ferrière, partant d’un éclat de rire, et me frappant familièrement sur l’épaule, ce qui ne laissa pas que de faire froncer le sourcil à mon vieux Jean. Eh bien, vrai, j’y ai été pris, poursuivit mon ex-bohémien; vous vouliez me faire peur et badiner un peu, il n’y a pas de mal; touchez là, ajouta-t-il en me tendant la main, vous serez à la noce de ma fille si vous allez à celle de M. Brascassin, puisqu’ils s’épousent tous deux.

—Pas possible!» m’écriai-je en faisant un pas en arrière.

Ce fut au tour de Ferrière de froncer le sourcil: «Pourquoi, pas possible?» Puis il courba la tête et secoua le front, comme sous le poids d’une pensée pénible. «Ah! oui, voilà! reprit-il, les yeux toujours fixés au parquet, vous aussi, vous soupçonniez de mal ma pauvre Thérèse, à cause de l’Américain?...

—Plutôt une appréhension qu’un soupçon, lui dis-je.

—Mais la tante le connaît aujourd’hui, votre Van Reben....

—Quelle tante?