—Pardine! la marraine. Il a tout avoué, jusqu’à signer un papier de sa propre main.... Tenez, le jour même où vous deviez vous battre avec lui....
—Pardon, mon cher Ferrière, dis-je en l’interrompant; mais, voyons, entendons-nous bien. Pour ce mariage, n’avait-il pas d’abord été question de Mme de X...?
—Il le fallait, puisqu’elle est la mère de l’enfant.
—Mme de X.... a un enfant? m’écriai-je.
—Elle en a quatre; mais elle n’en est pas moins accourue tout de suite ici avec ses preuves. Mme Van Reben a bien été obligée de se rendre.
—Quoi! Mme Van Reben?... L’Américain est donc marié?...
—Eh! non, c’est la marraine.
—Quelle marraine?
—Pardine, la tante, vous comprenez?»
Je ne comprenais rien du tout, mais j’avais besoin de comprendre. Des propos incohérents de Ferrière, une seule chose ressortait pour moi, claire, évidente; c’est que depuis un mois je piétinais au milieu d’une histoire mystérieuse; j’avais cru la pouvoir démêler facilement; elle s’était de plus en plus embrouillée sous mon regard; un sphinx, ou plutôt une hydre, dont chaque tête m’avait représenté tour à tour l’image de Ferrière, de Brascassin, de Thérèse, de Van Reben, ou de Mme de X..., m’avait abordé dès le début de mon voyage; je l’avais entrevue à Noisy-le-Sec; elle me suivait à Strasbourg et à Carlsruhe; je courais imprudemment sur ses pas aux ruines et aux cascades d’Aller-Heiligen; elle nous escortait dans la forêt Noire; je la retrouvais à Heidelberg et sur les bords du Necker; puis à Schwetzingen, dans la maison des bains; puis à Francfort, puis à Mayence, où elle avait semblé s’évanouir. Aujourd’hui, à Bruxelles, toutes ses têtes semblent s’être réunies, mais le corps du reptile m’échappe, ou ne se montre que par tronçons séparés et s’agitant confusément. Ces tronçons, grâce à mon vieux bohémien, l’occasion s’offre à moi de les rapprocher, de les juxtaposer, de les recoudre les uns aux autres. Je ne la laisserai certes pas échapper!