Elle rentra à Noisy, chez son père, où Brascassin, qui s’attendait à retrouver en elle cette mère éplorée entrevue par lui au cimetière de Laaken, la vit pour la première fois. Il croyait avoir souffert pour elle; il comprit n’avoir souffert qu’avec elle. Sa nature généreuse s’émut devant ce malheur immérité. Avec sa pitié, il donna à Thérèse son affection; une affection de frère, d’abord, mais qui devait s’accroître et se passionner en la connaissant mieux.

La calomnie avait poursuivi Thérèse à Noisy et même à Paris. La France, aussi bien que la Belgique, repoussait l’innocente accusée. Brascassin, d’accord avec Ferrière, songea à lui créer une nouvelle existence dans le grand-duché de Bade, où il avait de nombreuses relations. Il acheta pour elle la maison Lebel, de Carlsruhe; là, quoique simple hôtelière, elle pouvait trouver l’emploi de ses connaissances grammaticales; puis il retourna en Belgique pour y prendre des informations, non sur Thérèse (il ne doutait plus de ce côté), mais sur ses calomniateurs.

De retour dans cette ville, où la calomnie avait pris naissance, d’où elle avait rayonné, il remonta avec patience, avec ténacité, pas à pas, jusqu’à sa première origine, et sur son berceau il trouva inscrit le nom de Guillaume Van Reben. Mais alors l’affreux Yankee était retourné à Bâton-Rouge.

Brascassin se présenta devant la tante. Celle-ci pleura au souvenir de sa chère filleule, mais elle refusa de croire à la félonie de son bien-aimé neveu, la franchise faite homme. D’ailleurs, l’enfant de Laaken avait une mère; cette mère où était-elle?

La réponse à cette question, Brascassin l’alla chercher au tombeau de l’enfant. Le petit tombeau était aujourd’hui surmonté d’une tablette de marbre finement sculptée, et l’artiste sculpteur y avait inscrit son nom, Mme de X.... Brascassin connaissait de réputation Mme de X...; il retourna à Paris, pour se renseigner auprès d’elle.

Mais à quoi bon nous arrêter sur les inutiles détails de cette histoire?

Enfin, au bout de deux ans, le Yankee, après avoir, tant bien que mal, réglé ses mauvaises affaires, rentra en Europe pour prendre à jamais, seul et sans partage, possession de sa précieuse tante. A Strasbourg, il rencontra Brascassin lui barrant la route. Alors eut lieu ce triple duel à l’épée, au pistolet, et aux dominos, qui plaça le Van Reben dans cette fâcheuse alternative de faire la déclaration de son infamie et de la signer, ou de se brûler la cervelle.

Brascassin, jusqu’alors, n’avait pas adressé un mot d’amour à Thérèse; il se savait aimé cependant; sa ferme volonté était d’en faire sa femme; mais il ne voulait l’épouser qu’à Bruxelles même, après entière et complète réhabilitation.

Lorsqu’il se sentit près d’atteindre le but, il écrivit à Thérèse, lui faisant part tout à la fois et de son amour et de ses projets.

Ce fut cette lettre qui la mit en si grande joie lors de mon départ de Carlsruhe.