—Est-ce que monsieur ne prendra pas son bain?

—Non.

—Eh bien, c’est un demi-florin, le linge compris.»

Je lui donnai le demi-florin. Comme je regagnais ma voiture: «Et le trinkgeld! Le pourboire!» me cria-t-il.

Dix minutes après, ma chaise s’arrêtait devant la Légation de France.

Sans même attendre ma question, le concierge me déclara que, si je venais pour affaires, les bureaux étaient fermés et que ces messieurs étaient tous au spectacle.

«Au théâtre!» dis-je à mon cocher.

Le buraliste dormait dans sa petite logette. Je le réveillai pour lui demander un billet d’orchestre, ce qui ne sembla pas médiocrement le surprendre.

Lorsque j’entrai dans la salle, on jouait le dernier acte de je ne sais quel opéra allemand auquel je ne compris rien, paroles et musique, tout occupé que j’étais d’inspecter autour de moi pour y découvrir ma Providence, sous les traits de M. Junius Minorel. J’y perdis mes peines. Je me promis, durant l’entr’acte, de me faire indiquer la loge de la Légation, où je ne pouvais manquer de le trouver. Nouvelle déception! Ledit opéra composait à lui seul tout le spectacle. A Carlsruhe, le théâtre s’ouvre à cinq heures et se ferme à neuf; après quoi chacun rentre chez soi pour y souper et se coucher. O Parisiens! ne blâmez pas trop légèrement ces usages, ils valent bien les vôtres. Les jours de spectacle vous dînez mal et vous ne soupez pas.

Le train direct partait à dix heures dix-sept minutes.