—Toi! Pour devenir receveur général des finances, ne possédais-tu pas la vertu essentielle: le cautionnement? N’y pensons plus! Tout chez toi avorte par manque de souffle et de persévérance, par ce je ne sais quoi d’inerte et de passif, de casanier, que tu tiens de ta nature parisienne. Tu as cultivé le dessin, la peinture, et n’as jamais exposé que dans les albums de ces dames; les questions de géographie, la lecture des voyages te passionnent, et tu n’as jamais été jusqu’à Fontainebleau; tu prétends adorer la botanique, et, depuis quinze ans que je te connais, tu n’as guère herborisé que sur ta fenêtre ou dans ton jardin; tu te crois littérateur pour t’être essayé dans le conte bleu, et poëte pour avoir rimé des ballades. Je te le répète, c’est ta prétendue poésie, en vers ou en prose, qui t’a perdu. Cela m’irrite, me chagrine! Non que je ne rende justice à tes excellentes qualités! Inoffensif et confiant jusqu’à la crédulité, tu as un cœur d’or, tu es dévoué à tes amis..., et à bien d’autres encore, je le sais; maître d’une jolie fortune, tu en as fait usage plutôt pour augmenter le nombre de tes obligés que celui de tes gens. C’est bien, c’est très-bien! mais tu n’es pas moins condamné à rester à perpétuité un simple amateur, un bourgeois, un bonhomme, ne possédant réellement à fond que la science du bien-être et la règle du whist en dix points. J’ai dit.»
Tout compte fait, dans les gronderies de mon sermonneur, l’éloge était pour le moins aussi exagéré que le blâme. Je n’avais pas lieu d’être mécontent. Néanmoins:
«Bon Dieu! m’écriai-je en gardant mon sérieux, pourquoi donc es-tu si méchant aujourd’hui?
—Pourquoi? me répondit-il; tu oses me demander pourquoi?...»
Puis le sourire lui vint aux lèvres:
«Parce que je suis frileux, parce que j’étrennais mon chapeau neuf, défloré maintenant par tes giboulées d’avril; parce que je suis un mathématicien, un chimiste, incapable d’apprécier tes bucoliques; parce que tu n’as pas le sens commun, parce que tu as comploté contre moi et contre mon chapeau en voulant m’entraîner à Marly par ce temps épouvantable!... Tu ne refuseras pas du moins de me prêter un pa....»
Il n’acheva pas.
Une grande lumière resplendit soudainement dans ma chambre; un soleil ardent nous éblouit. J’ouvris la fenêtre; l’air était tiède, le ciel bleu; le thermomètre marquait dix-huit degrés centigrades, et déjà les trottoirs ne conservaient plus la moindre trace de la neige ou de l’humidité.
«Adieu! me cria Minorel en faisant un rapide mouvement de retraite.
—Antoine, mais tu oublies....