—Quoi?
— Ce parapluie.»
Et je lui présentai le plus long, le plus lourd, le plus imperméable de mes parapluies. Il rit. Nous pactisâmes. Je consentis à retarder d’une quinzaine encore mon départ pour Marly-le-Roi; de son côté, il s’engagea, sous serment, à venir le 1er mai m’y gronder à son aise, longuement, et jusqu’à ce que je crie grâce.
Les jours suivants, le temps donna raison à Minorel; il y eut des alternatives de pluie, de grêle et de soleil. Enfin, le soleil resta maître de la place. Le long des quais et des boulevards, dans les squares publics, la verdure achevait d’envahir les arbres; les fleurs grimpaient aux murs, aux fenêtres, aux balcons, jusque sur le plomb des mansardes; tout Paris était dehors avec des fleurs à la main ou à la boutonnière; les lilas, les narcisses doubles, les jacinthes, se promenaient par charretées à travers les rues, et leurs parfums poussaient à l’émigration.
Cette espèce de frénésie campagnarde, qui vers la fin d’avril s’empare de tous les citadins et de moi plus que des autres, me torturait; je n’y tenais plus! comme une âme en peine, j’errais, silencieux et taciturne, au milieu de cette population en fête, qui semblait aspirer l’air du printemps par tous les pores. Mais m’installer à Marly avant Minorel, le pouvais-je? C’eût été la violation de notre traité, presque un casus belli. Par bonheur, nous touchions aux derniers jours du mois.
Le 29, une idée lumineuse me traversa le cerveau et s’y photographia. J’allais entreprendre une promenade hors Paris, en me dirigeant vers Marly-le-Roi, non par la ligne droite, que je déteste, non par le chemin de fer de Saint-Germain, que je hais non moins cordialement, mais par le chemin des écoliers, en traçant une courbe à ma fantaisie, pédestrement, en flâneur, en touriste. Je serais à Marly le 1er mai, à l’heure du dîner, en même temps qu’Antoine, avant lui peut-être. Qu’aurait-il à dire?
Quand j’annonçai à mon vieux Jean et à Madeleine, ma cuisinière, que le lendemain ils partiraient avec mes bagages pour Marly, où je les rejoindrais bientôt, tous deux ouvrirent des yeux démesurés.
«Monsieur va rester seul à Paris? me dit Madeleine.
—Non, j’ai un petit voyage de trente-six heures qui m’appelle ailleurs.
—Monsieur va voyager seul? me dit Jean, prenant tout à coup l’alarme. Pourquoi n’accompagnerais-je pas Monsieur?