—A quoi bon? Suis-je un enfant?
—Non certes!... au contraire. Mais, quoique Monsieur ait bon pied, bon œil, qu’il ne soit pas encore ce qu’on appelle âgé, quand on a la cinquantaine, est-il bien prudent de courir les routes comme un jeune homme?»
C’est Madeleine qui me fit cette dernière observation.
Je n’avoue que quarante-cinq ans; Antoine Minorel, et à tort, m’en suppose quarante-huit; Madeleine, sans hésitation, m’en infligeait cinquante. De nous trois, qui était dans le vrai? Mais que sert d’approfondir de semblables questions? Les Orientaux se piquent généralement d’ignorer la date de leur naissance. La sagesse nous vient de l’Orient.
Après avoir médité mon itinéraire, j’avais, pour raisons à moi connues, décidé de sortir de Paris par le faubourg du Temple et l’ex-barrière de Belleville. Le 30 avril, de grand matin, coiffé de ma casquette de campagnard, mon album de dessins en poche, portant d’une main le bâton du voyageur, de l’autre la boîte de fer-blanc du botaniste, je me disposai à sortir de mon petit hôtel de la rue Vendôme, et ce fut dans cet équipage que je reçus, comme bordée d’adieux, les nouvelles lamentations de Madeleine et de Jean.
«Est-ce que Monsieur osera traverser le boulevard ainsi fagoté? disait Madeleine.
—Un bourgeois en casquette! ça ne se doit pas, disait Jean; on prendra Monsieur pour un ouvrier; mieux encore, pour un laitier avec sa boîte au lait. Je ne le souffrirai pas; je la porterais plutôt moi-même, quoique j’aie mes douleurs!»
Tandis qu’il tiraillait ma boîte d’un côté, Madeleine, de l’autre, s’emparait de mon bâton:
«Ce n’est pas une canne qu’il faut à Monsieur, c’est un parapluie. Dans cette saison, est-ce que le soir ressemble au matin?
—Non-seulement Monsieur devrait prendre son parapluie, mais son paletot ciré!