Tous quatre, unanimes cette fois, répondirent: «C’est que notre hôtesse est jeune et jolie, et que Brascassin lui a fourni les fonds nécessaires à l’achat de la maison.»

Je compris, ou crus comprendre alors la valeur des réticences du père Ferrière à l’égard de sa fille, et cessai d’interroger. Thérèse n’était plus digne de mon estime, par conséquent de mon intérêt.

Heureusement, une scène assez curieuse vint me distraire de ces pensées moroses.

La soirée était magnifique; au-dessus de notre tête, dans un beau ciel bleu, s’épanouissait une bonne grosse lune allemande; près de nous passaient, se tenant par la main, de jeunes couples d’amoureux: ceux-ci, la tête baissée, semblaient prendre plaisir à rêver à deux, et peut-être à s’oublier, pour avoir le plaisir de se retrouver réunis et les doigts entrelacés; ceux-là, moins silencieux, caquetaient, riaient, appuyés l’un sur l’autre de l’épaule et de la tête, et ne se gênaient pas pour se faire face de temps en temps.

«La lune est indiscrète ce soir, dis-je.

—Oh! nos amoureux, ici, ne redoutent guère plus le soleil que la lune, me fut-il répondu; ils y vont franchement, en plein jour comme en pleine rue, et personne ne songe à s’en offusquer.

—Cela ne prouve nullement en faveur de la moralité du pays.

—Pourquoi? puisqu’ils sont verlobtes.

Verlobtes! qu’est-ce que cela?

—Cela signifie quelque chose comme votre mot fiancés, en France; mais l’usage, en Allemagne, lui donne une valeur tout autre. Une fois verlobtes, nos amoureux débutent par se tutoyer; il leur est permis d’aller seuls errer à leur aise à travers la ville, et même sous l’épaisseur des bois. Aucun danger ne menace la jeune fille; l’honneur allemand la protége.»